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Blagues à part

Vanessa rousselot, France, 2010, 54’


Projection à la Barreyrie pour notre AG de septembre 2012, après une après-midi de travail constructive et un énorme couscous ; deux semaines avant une nouvelle tentative d’Anne, notre active et infatigable militante-fondatrice, de fouler la Palestine.
On rigole, en voyant ce film, mais pas seulement. L’approche différente du conflit que celle vue habituellement met l’accent sur l’humain et sur le vécu quotidien de ces gens enfermés chez eux. Malgré l’oppression, la misère, la mort et la douleur, la vie continue, sans haine.


Convaincue que l’humour ne connaît pas de frontières, une jeune réalisatrice se lance dans une aventure inédite : partir en Palestine à la recherche de l’humour. Au cours de son voyage la réalisatrice Vanessa Rousselot, va découvrir une réalité méconnue au-delà des murs qui entourent la Cisjordanie...

De quoi ça cause ?

Comme le processus de paix au Proche-Orient, l’humour politique palestinien, qui connut son heure de gloire pendant la première intifada à la fin des années 80, est en berne.

A la recherche de la "blague perdue" palestinienne, une réalisatrice française, Vanessa Rousselot, a silloné les routes de Cisjordanie ces quatre dernières années en vue d’un documentaire télévisé inédit.

"Blague à part" est un road movie décalé à travers les Territoires palestiniens à la rencontre de personnages qui bricolent des blagues avec leur quotidien.

"Je m’attendais à un humour très noir, mais il est parfois difficile de suivre cet aller-retour permanent entre le rire et les larmes", confie la réalisatrice à l’AFP.

Ainsi, lorsqu’elle demande par téléphone à des Gazaouis coincés entre la férule islamiste du Hamas et le blocus israélien "la dernière plaisanterie à la mode", la réponse est sans équivoque : "Comment un dentiste de Gaza opère son patient ? En lui faisant un trou dans la nuque, car à Gaza on n’a plus le droit d’ouvrir la bouche".

Cet humour, politesse d’un vrai désespoir politique, brise les tabous de la société palestinienne mais sert surtout, selon Vanessa Rousselot, de passe-temps aux Palestiniens.

Et les endroits où le temps est le plus difficile à passer sont les checkpoints et barrages israéliens — près de 600 en Cisjordanie.

Dans les files d’attentes, souvent interminables, on s’échange allègrement des blagues.

"C’est l’histoire d’un type qui veut traverser un checkpoint", raconte un Palestinien dans le documentaire.

"Le soldat israélien lui répond que s’il veut passer il doit enlever ses chaussures et aller lui chercher un thé. Le Palestinien s’exécute, enlève ses chaussures et va lui chercher son thé. Pendant ce temps, le soldat pisse dans ses chaussures. Le Palestinien revient, donne le thé, remet ses chaussures et le soldat le laisse enfin passer. Le Palestinien lui lance alors : +Soldat, tant que tu pisseras dans mes chaussures et que je pisserai dans ton thé, ce n’est pas prêt de s’arranger entre nous+".

Toutefois, d’après la réalisatrice, qui a vécu plusieurs mois à Bethléem (Cisjordanie) pour apprendre l’arabe et l’hébreu, ces histoires drôles ont fait leur temps.

"On fait des blagues quand on s’autorise à spéculer sur l’avenir. Il semblerait qu’aujourd’hui il n’y a plus de lumière au bout du tunnel", dit-elle.
C’est aussi l’avis du "docteur ès humour" de Cisjordanie, Sherif Kana’neh, professeur d’anthropologie et de folklore à l’Université de Birzeit.

Il a commencé à collecter les blagues politiques après le déclenchement de la première intifada en 1987, et en a accumulé près de 2.000.

"C’est devenu pour moi une manière de surveiller la santé psychologique des Palestiniens et surtout leur moral", raconte-t-il.

Ses étudiants et amis l’appellent régulièrement pour lui donner la "dernière bonne blague".

Sauf que le téléphone de l’anthropologue ne sonne plus beaucoup depuis la dernière guerre à Gaza, fin 2008, qui a interrompu les négociations de paix israélo-palestiniennes.

"Certaines périodes ne sont pas très productives au point de vue de l’humour. C’est le cas aujourd’hui", explique M. Kana’neh.

© 2010 AFP


La réclame


La réalisatrice

Vanessa Rousselot :Vanessa Rousselot a étudié l’histoire du monde arabe à la Sorbonne puis l’arabe à l’université des Langues orientales avant de s’orienter vers le film documentaire.

Après avoir réalisé des entretiens filmés dans les camps de réfugiés palestiniens du Liban, elle a assisté Pierre Barougier sur son documentaire Les Maux savants, puis a suivi une formation de réalisation documentaire aux Ateliers Varan à Paris, où elle a réalisé le film Seizième round sur l’ancien vice-champion du monde de boxe Freddy Skouma.

Elle a ensuite réalisé plusieurs reportages pour la télévision au sein de WA productions.

Comédienne et auteur de café-théâtre, c’est grâce à son expérience de la comédie, sa maîtrise de la langue arabe et sa bonne connaissance du Proche-Orient qu’elle a imaginé le documentaire Blagues à part.


Kikiafékoi

Réalisation : Vanessa Rousselot

Image : Philippe Bellaïche

Son : Ala Khoury

Montage : Nadia Ben Rachid, Juliette Haubois

Musique : Nicolas Francart

Production : Eo Productions

Ventes : Edward Gubbins, Eo Productions