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Chomsky et cie

D’Olivier Azam et Daniel Mermet, 2008, 125’



À l’heure où impuissance et résignation l’emportent, le travail de Noam Chomsky est un antidote radical pour tous ceux qui veulent en finir avec la fabrique de l’impuissance et ses chiens de garde intello-médiatiques.

Inlassable, inclassable, implacable, « l’intellectuel le plus populaire et le plus cité au monde » poursuit la mise à nu des mécanismes de domination avec une étonnante vitalité. Mais pas d’hagiographie, pas de prêt à penser. Souvent l’intellectuel est celui qui veut nous faire penser comme lui.
Au contraire, Chomsky nous incite à développer par nous-mêmes une pensée critique contre les différentes formes de pouvoir et les idéologies qui les justifient. Il montre que les changements sociaux sont à notre portée.

Et d’ailleurs il n’est pas seul. De Boston à Bruxelles, nous rencontrons chercheurs, journalistes, activistes tels que Jean Bricmont, ou encore Normand Baillargeon auteur du « Petit cours d’autodéfense intellectuelle », ce qui pourrait être le sous-titre de ce film engagé contre le cynisme conformiste
et la pensée molle des faux rebelles.

Mais avant tout ce film milite pour l’ascension du Pic du Canigou.

Critiques

Chomsky & Cie : A l’heure où impuissance et résignation l’emporte, le travail de Noam Chomsky est un antidote radical pour tous ceux qui veulent en finir avec la fabrique de l’impuissance et ses chiens de garde intello-médiatiques. Inlassable, inclassable, implacable, " l’intellectuel le plus populaire au monde " poursuit la mise à nu des mécanismes de domination avec une étonnante vitalité Mais pas d’hagiographie, pas de prêt à penser. Souvent l’intellectuel est celui qui veut nous faire penser comme lui. Au contraire, Chomsky nous incite à développer par nous même une pensée critique contre les différentes formes de pouvoir et les idéologies qui les justifient...

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A la façon d’un Michael Moore, les auteurs de ce film mènent croisade pour faire comprendre comment fonctionnent les stratégies de propagande, la fabrique de l’opinion. Ils prônent une insubordination contre "la fausse objectivité", la machine à décerveler contrôlée par gouvernements, intellectuels et médias.

Dépeint comme se situant quelque part entre Bertrand Russell et le sous-commandant Marcos, l’américain Noam Chomsky est la tête pensante de ce courant engagé. Il fait une démonstration : au Salvador, dans les années 1980, l’archevêque Oscar Romero et quelques intellectuels qui luttaient contre une dictature soutenue par les Etats-Unis furent assassinés par des milices armées par Washington. Au même moment, en Pologne, le Père Popieluszko, dissident, fut assassiné par la police du pouvoir communiste. Dans la presse américaine, la mort du prêtre polonais fut cent fois plus couverte que celle de l’archevêque salvadorien.

AUTODÉFENSE INTELLECTUELLE

Cette interprétation de l’actualité signifie-t-elle que les médias sont sous contrôle du pouvoir, que s’organise ici ou là un complot pour masquer des vérités, qu’un bureau secret tirerait quelque part les ficelles de l’opinion ? Pas le moins du monde, dit Chomsky. Les Etats-Unis ne sont pas une dictature, les médias sont libres, du moins en sont-ils certains.

Il arrive, poursuit l’analyste politique, que cette fabrique du consensus s’enraye. Ce fut le cas en France, en mai 2005, lorsque la population consultée par référendum répondit non à l’Europe, non à la domination des élites médiatiques qui prônaient unanimement le oui. Lorsque George Bush et son administration utilisèrent de faux prétextes (les prétendues armes de destruction massive détenues par l’Irak) pour justifier leur attaque contre l’Irak en, c’était un "lavage de cerveau", une manoeuvre pour indigner l’opinion et obtenir son adhésion.

Québécois, libertaire, collaborateur de revues alternatives, Norman Baillargeon donne ensuite un cours d’autodéfense intellectuelle contre la norme et s’interroge sur les mots utilisés pour obtenir une vision positive des conflits : "frappes chirurgicales" en est un exemple. Il explique comment les groupes de pression engagent des spécialistes des relations publiques afin de convaincre l’opinion. Exxon Mobil payerait un certain Patrick Michaels, climatologue, pour minorer à la télévision les effets du réchauffement climatique et expliquer même que la planète... refroidit !

Les quatrième et cinquième chapitres de cette démonstration militante sont consacrés aux deux affaires utilisées par les adversaires de Chomsky pour le discréditer. Ces derniers affirment en effet que le penseur a eu des complaisances envers Pol Pot et les génocidaires cambodgiens, ainsi qu’avec l’historien négationniste Robert Faurisson.

Dans le premier cas, Chomsky affirme avoir suggéré (rien de plus) que ce sont les bombardements américains qui ont engendré la spirale de violence de Pol Pot. Il a comparé les massacres de Pol Pot à ceux qui étaient perpétrés au Timor-Oriental par l’Indonésie la même année, avec des armes livrées par l’administration de Jimmy Carter, sans que cette seconde tragédie soit connue.

Dans le second cas, il dit n’avoir pas soutenu Faurisson pour le contenu de ses textes (qu’il réprouve) mais pour rester fidèle au principe de la liberté d’expression. Le taxer d’antisémitisme et de sionisme n’est que calomnie et malentendu, crie-t-il haut et fort. "Ou on défend la liberté d’expression pour des opinions qu’on déteste, ou on ne la défend pas du tout !"

Le monde du 28 11 2008 . le monde.fr


Tout en étant lié à la réalité d’aujourd’hui, permettant de mieux comprendre les causes de la crise en plongeant au cœur de nos sociétés et des responsabilités des gouvernants, ce film va bien au-delà en permettant de découvrir le travail de Noam Chomsky.

Inlassable, inclassable, implacable, "l’intellectuel le plus populaire et le plus cité au monde" – mais aussi l’intellectuel contemporain le moins connu en France - poursuit la mise à nu des mécanismes de domination avec une étonnante vitalité.

Mais pas de prêt à penser. Souvent l’intellectuel est celui qui veut nous faire penser comme lui. Au contraire, Chomsky incite à développer par nous même une pensée critique contre les différentes formes de pouvoir et les idéologies qui les justifient.

Il montre que les changements sociaux sont à notre portée…

l’humanité.fr


CHOMSKY, UNE RESSOURCE FONDAMENTALE

Théoricien du langage, né à Philadelphie en 1928, Noam Chomsky a révolutionné la linguistique avec la « grammaire générative ». Il est aussi un analyste politique engagé dans toutes les luttes politiques depuis des décennies. Ses analyses claires et rationnelles des mécanismes idéologiques de nos sociétés constituent une ressource fondamentale pour la pensée critique actuelle.

Auteur de dizaine de livres, de milliers d’interventions et d’ articles, qui font de lui l’auteur le plus cité dans le monde, « l’intellectuel planétaire le plus populaire » comme l’affirme Alain Finkielkraut, est beaucoup moins connu en France. En consultant par exemple les archives de Radio France depuis 40 ans, le nom de Chomsky n’apparaît que cinq fois pour de brèves interventions sur France Culture dans les années 70. Jamais il n’a été entendu sur France Inter.

A quoi tient ce passage sous silence ?

Même si depuis quelques années ses ouvrages sont passionnément suivis par un nouveau public en France, une série de penseurs médiatiques s’acharne à entretenir le soupçon. Chomsky aurait eu des complaisances avec l’historien négationniste Robert Faurisson, tout comme envers Pol Pot et les génocidaires cambodgiens. Dans ses analyses des structures de l’information comme de la politique étrangère américaine, Chomsky ne serait qu’un paranoïaque archaïque inventant une fantasmatique « théorie du complot ».

Malgré les inlassables réponses de Chomsky à ses « détracteurs parisiens » depuis presque trente ans, rien n’y fait. La toute récente publication d’une étude très complète sur Chomsky par les cahiers de l’Herne(*), avec des documents complets et précis qui démontent toutes les accusations, n’a eu aucun écho dans les médias français.

Mais si nos penseurs se contentent de le disqualifier et de l’occulter sans argumenter, après tout rien d’étonnant. C’est précisément les mécanismes idéologiques qui structurent l’ordre du monde présent que Noam Chomsky ne cesse de mettre à nu en décryptant les non-dits et les manipulations du discours ambiant. Car c’est le contrôle de la pensée dans les sociétés démocratiques, qu’il s’attache à dévoiler. Ainsi à l’issue d’une conférence une étudiante interpelle Chomsky :

« J’aimerai savoir comment l’élite contrôle les médias ?

- Comment contrôle-t-elle General Motors ? L’élite n’a pas à contrôler Général Motors. Ça lui appartient »

« Par le pouvoir, l’étendue, l’originalité et l’influence de sa pensée, Noam Chomsky est peut-être l’intellectuel vivant le plus important » Cette phrase extraite d’un article du New York Times, figurait sur la couverture d’un de ses livres. « Mais attention dit Chomsky, dans le texte original elle est suivi de ceci : « Si tel est le cas, comment peut-il écrire des choses aussi terribles sur la politique étrangère américaine ». On ne cite jamais cette partie. Alors qu’en fait, s’il n’y avait pas cette deuxième phrase, je commencerai à penser sérieusement que je fais fausse route. »

Voilà bien longtemps que la petite équipe de Là-bas espérait rencontrer Noam Chomsky. A presque 80 ans, il travaille une centaine d’heures par semaine, entre livres, articles, interventions publiques et échanges avec des centaines de correspondants à travers le monde. S’il répond à toutes les sollicitations son emploi du temps est minuté plusieurs mois à l’avance. Il accueille les visiteurs dans son bureau du MIT. Au mur un grand portait de Bertrand Russel et une poupée de chiffon du Chiapas figurant le Sous-Commandant Marcos.

« Je n’essaie pas de convaincre mais d’informer. Je ne veux pas amener les gens à me croire, pas plus que je ne voudrais qu’ils suivent la ligne du parti, ce que je dénonce – autorités universitaires, médias, propagandistes avoués de l’Etat, ou autres. Par la parole comme par l’écrit, j’essaie de montrer ce que je crois être vrai, que si l’on veut y mettre un peu du sien et se servir de son intelligence, l’on peut en apprendre beaucoup sur ce que nous cache le monde politique et social. J’ai le sentiment d’avoir accompli quelque chose si les gens ont envie de relever ce défi et d’apprendre par eux-mêmes »

On s’en doute Chomsky n’est pas seul. Tout un monde d’activistes, de chercheurs, de journalistes, ou de citoyens engagés se retrouvent dans sa manière de poser les problèmes sociopolitiques. Ainsi à Montréal nous rencontrons Normand Baillargeon, professeur en sciences de l’éducation et auteur d’un « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » avec des dessins de Charb. A Bruxelles, Jean Bricmont, professeur de physique théorique à l’Université catholique de Louvain auteur de « A l’ombre des Lumières », avec Regis Debray (Odile Jacob, 2003) et « Impérialisme Humanitaire » (Aden, 2005). A Cap Cod, Michael Albert, rescapé de l’immense bouillonnement des années 60, animateur du réseau Z Net (**) et concepteur du « participalisme », une de ces vastes utopies comme on ose plus (ou pas encore) en concevoir.

« Le pouvoir nous veut triste », disait Gilles Deleuze. La dernière question porte sur le progrès et ce que nous pouvons espérer changer. « Le progrès dans les affaires humaines est un peu comme l’alpinisme, répond Noam Chomsky, vous voyez un sommet, vous peinez à y monter et soudain vous découvrez que plus loin se trouvent d’autres pics que vous n’aviez peut-être pas imaginés »

Daniel Mermet, mai 2007


Bande d’annonce


Distribution

Les mutins de Pangée