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Fils de Lip

De Thomas Favergeon, 2007, 50’



À trente ans, l’âge du conflit Lip, le réalisateur revient à Besançon pour tenter de faire le bilan de Lip aujourd’hui, en donnant la parole à tous ceux qu’on n’a jamais entendus, « les sans voix », dont ses propres parents qui vécurent la fin du conflit comme un drame douloureux et déchirant. Consacré au deuxième conflit Lip, le film apporte un éclairage nouveau sur cet épisode.

Le film :



Thomas Favergeon est né à Besançon et se souvient que ses parents - tous deux employés de l’usine Lip - ont participé jusqu’à sa liquidation, à la lutte pour leur usine et leur emploi. Près de trente ans après la fin du conflit, il tente de comprendre ce que ses parents ont vécu et ont omis de lui transmettre.
Il s’agit, dans ce retour, de confronter ses souvenirs d’enfant aux analyses des anciens. Très vite, il se heurte au mutisme de son père et à la fuite de sa mère. Pourtant, dans le creux de leurs silences et au détour de quelques aveux, le fils finira à force de persévérance par délivrer sa mère de ses rancœurs.

Lip, c’est d’abord le souvenir du premier conflit, en 1973, celui du "trésor de guerre", des premières "ventes sauvages" du stock de montres, de la fronde des "paroissiens de Palente", des leaders de la lutte. Mettant en pratique démocratie directe et autogestion, la grève dans l’usine horlogère avait attiré à Besançon de nombreux cinéastes animés des idéaux de 1968 (Chris Marker, Richard Copans, Carole Roussopoulos...).
Pourtant la mémoire du conflit que Thomas Faverjon a reçu de ses parents ne coïncide pas avec la vision héroïque transmise par le cinéma militant.
Au risque de démythifier une lutte restée légendaire, il choisit de construire un autre récit, de l’intérieur. Il part du sentiment d’échec transmis par ses parents. Comme ceux-ci répugnent à s’expliquer, le réalisateur se tourne vers d’autres protagonistes du conflit Lip – militants CFDT, CGT, groupes Femmes, amis de la famille – pour reconstituer l’histoire en insistant sur le second conflit (1976-1980). À la différence du premier qui s’est conclu en 1974 par une victoire, le second, essoufflé et isolé, s’achève par le licenciement de la moitié des effectifs. En octobre 1979, à l’issue d’un vote des ouvriers en lutte, la mère du réalisateur se retrouve ainsi renvoyée au chômage. Beaucoup partent écœurés, un ouvrier se suicide.
Articulant l’histoire sociale à la chronique intime, le film traque les traces : des espoirs suscités par l’aventure des coopératives ouvrières de production jusqu’à son échec. Thomas Faverjon pose des questions dérangeantes, avec acuité et pudeur mêlées.


Une question au réalisateur :


Le titre de votre film suggère que vous vous sentez l’héritier d’une époque, d’une lutte…

T.F. : Par rapport à mes parents, je me sens plus intéressé par l’utopie, plus conscient. Pas révolutionnaire mais utopiste. Je suis attaché à l’idée qu’un autre monde est possible à partir du collectif, en s’appuyant sur d’autres relations. Ce n’est pas le pouvoir qui m’intéresse mais la transformation des rapports. Le but de mon film n’est pas de retracer une histoire mais de s’ancrer dans le présent. Je tâche de comprendre si la tristesse de mes parents est fondée, et aussi pourquoi moi, je n’agis pas. J’appartiens à la première génération qui a su qu’elle n’échapperait pas au chômage et qui, d’une certaine façon, en a pris son parti. Par provocation, je justifiais un peu comme ça mon choix de faire des études de cinéma. C’est un film sur ma génération, pour essayer de comprendre sa difficulté à s’engager dans des luttes.


Production et distribution : TS Production