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J’ai rêvé d’une grande étendue d’eau

Laurence Petit-Jouvet, 2002, France, 53’



Dans sa consultation d’ethnopsychanalyse à l’hôpital Avicenne de Bobigny, Marie-Rose Moro reçoit des familles migrantes venues d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient et d’ailleurs. Là, les patients peuvent exprimer ce qui leur arrive sans se couper de leurs croyances, de leurs coutumes, ni de leur histoire. Le récit et l’interprétation des rêves y tiennent une grande place pour s’approcher des pensées inconscientes. Lieu d’invention autant qu’espace clinique d’exception, ce service a accepté qu’une caméra témoigne du travail sensible qui s’y déroule.

De quoi ça cause ?

A u croisement de l’ethnologie et de la psychanalyse qui ont toutes deux révolutionné
notre rapport au monde et à l’Autre, l’ethnopsychanalyse ou encore psychiatrie
transculturelle, est une discipline toute jeune qui se développe sous la pression des
temps modernes alors que "migration", "exil", "mixité", "métissage" sont les mots qui,
chaque jour davantage, parlent de notre quotidien.
Séances après séances (on en voit quatre dans le film, vécues par quatre familles), le
travail consiste à cheminer dans les esprits, remonter dans les épisodes du passé,
s’aventurer dans les rêves. Si c’est souvent la douleur d’un enfant qui déclenche la cure,
c’est bientôt toute sa famille qui est concernée. Car l’enfant, en posant la question des
origines, devient vite "enfant-symptôme", celui qui signale le malaise de toute la famille.

Aux antipodes d’un film théorique sur l’ethnopsychanalyse, il s’agit d’histoires vécues,
racontées, à la fois datées et éternelles, qui débutent pour le spectateur de façon
ordina ire, reconnaissable par tous (les symptômes bien connus du mal-être). Au delà des
singularités culturelles, ces histoires sont les nôtres. Laurence Petit-Jouvet et son
équipe de tournage ont été accueillis dans cette consultation pendant plusieurs mois.
Pour la première fois ce service, lieu d’invention autant qu’espace clinique d’exception, a
accepté qu’une caméra témoigne du travail fascinant qui s’y déroule. « Et vous avez fait
des rêves ? » demande Marie Rose Moro. La patiente hésite puis dit : « Oui, justement
ce matin, un peu avant de venir ici, j’ai rêvé d’une grande étendue d’eau et ça m’a fait
peur ». La concentration du groupe est intense, chaque mot est important. La caméra de
Nurith Aviv, intuitive, sensible et respectueuse, va tout doucement chercher ce qui
affleure.


La réclame


Laurence Petit-Jouvet

Laurence Petit-Jouvet a sept ans quand le travail de son père impose brutalement un départ familial au Cameroun, cette expérience d’enfance africaine laissera des traces. A l’université elle étudie la Géographie et a la chance de se trouver à Jussieu à la fin des années soixante-dix, au moment où s’invente une nouvelle Géographie anti-conservatrice.

Comme sujet de mémoire, elle choisit “Hollywood” et en profite pour s’échapper à Los Angeles, mener l’enquête dans le milieu du cinéma. Encore une année d’études en Journalisme à New York University et elle décroche son premier travail, “nègre” pour un célèbre journaliste d’ Europe 1. Très vite, elle comprend qu’elle ne veut pas vivre du journalisme et décide d’explorer le champ du cinéma documentaire. Elle devient auteur-réalisatrice sans passer par une école, en développant un langage dans lequel s’inscrit en creux son histoire. Elle apprend en faisant.

Dés 1989 elle travaille essentiellement sur ses propres films où on peut lire voyages, migrations culturelles, marges artistiques, identités singulières, exils intérieurs...


Kikiafékoi

Auteur-Réalisateur : Laurence Petit-Jouvet

Direction de la photographie : Nurith Aviv

Ingénieurs du son : Thomas Bone, David Diouff, Olivier Mauvezin

Montage : Anne Baudry & Laurence Petit-Jouvet

Mixage : Jean-Marc Schick

Etalonnage : Eric Salleron

Musique et design sonore : Martin Wheeler

Production / Diffusion : Abacaris Films, ARTE France


Voir en ligne : Le site officiel de l’ethnopsychanaliste Marie-Rose Moro