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L’Empreinte

De guillaume BORDIER, 2007



Une boulangerie à Hérat, en Afghanistan. Douze heures par jour, sept jours sur sept, une douzaine d’employés et apprentis répètent les mêmes gestes, tandis que la caméra suscite des questions sur l’extérieur, sur l’image.

De Yann Lardeau

De Herat, "Perle du Khorassan", haut lieu de la Route de la Soie, objet de toutes les convoitises, hier comme aujourd’hui, "L’Empreinte" choisit de ne nous montrer que l’aspect le moins exotique, mais aussi le plus vivant : la pression du travail sur les hommes dans une boulangerie.

Hors de ce lieu clos qu’est la boulangerie, pas d’image, seulement des bruits, le vrombissement des motos, le ronronnement des voitures, les inévitables coups de klaxon, des rires d’enfants... Rien du dehors ne vient perturber le rythme effréné du travail, pas même les allées et venues des clients.

La boulangerie, ici, n’est pas un commerce, mais un centre de production vétuste aux murs verts, roses ou bleus, une petite usine fermée sur son activité et qui impose son rythme, sa respiration et ses cadences, aux hommes qui y vivent comme à la caméra.

Si les phases s’enchaînent, du pétrissage au façonnage et à la cuisson, si les gestes se répondent d’un poste à l’autre, chacun en même temps est enfermé dans la répétition de son geste, replié sur soi, si bien qu’à l’enfermement de la boulangerie sur elle-même répond un deuxième enfermement des boulangers sur eux-mêmes.

Même les pauses ne les rassemblent pas : chacun semble perdu dans ses pensées, l’un prise du naswar , qui apporte l’ivresse et le plaisir, un autre savoure son thé. Les quelques mots qu’ils échangent alors concernent surtout le réalisateur et ce pays si lointain, si différent, d’où il vient.

Le hors-champ, pour eux, ce n’est pas Herat et au-delà, l’Afghanistan, mais la France et nous, les spectateurs.

Festival du réel 2008 : Prix des Jeunes