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L’art de vieillir

De Jean Luc RAYNAUD, 2007, 76’



Quand on arrive à 50 ans, tout d’un coup on entre dans un autre pays. C’est-à-dire que tout se défait. Et à mesure que les choses se défont, il y a une espèce de grâce qui s’installe. Ça c’est difficile à comprendre. Confronté à la vieillesse difficile de ses parents, le réalisateur a mené l’enquête auprès de trois hommes et deux femmes de 71 à 92 ans afin de découvrir le secret de leur art de vieillir. Le film nous livre leurs mots, leurs expériences, leur clairvoyance et leur simplicité, leur fraîcheur. Si leur épanouissement est bien sûr lié à leur nouveau rapport au temps, c’est le jouir qui illumine leurs yeux : jouir de chaque petite victoire sur soi-même, jouir de la disparition momentanée d’une douleur, et surtout jouir du jouir que l’on donne. La clé de leur bonheur semble tenir à la perte progressive de l’ego, la reconnaissance de l’autre. Face à leurs vieillesses tranquillement flamboyantes, « ces vieux fous, ces vieilles folles » stigmatisent les tabous et la répression que leur opposent famille et société.


Thérèse Clerc, protagoniste du film

Thérèse Clerc est née en 1927 à Paris. Mariée à 20 ans, mère de quatre enfants à 32, elle fréquente la paroisse du Bon Pasteur, rue de Charonne. L’église l’éclaire sur les questions sociales et, en mai 1968, elle bat le trottoir pour vendre Témoignage Chrétien. Quelques mois plus tard, elle signe son premier contrat de travail : vendeuse de machines à coudre pour fillettes aux Grands Magasins. Elle divorce en 1969.Thérèse Clerc adhère en 1972 au MLAC (Mouvement pour la Libération de l’Avortement et de la Contraception) et pratique des avortements militants. C’est le début de ses engagements et de son militantisme, plus particulièrement pour la cause des femmes. Elle fonde la Maison des Femmes à Montreuil en 2001 et pose en 2007 la première pierre de la Maison des Babayagas, maison de retraite collective, solidaire et unisexe.


L’art de vivre et de vieillir

« Je voudrais que les femmes puissent dire la joie du corps de façon à vieillir sereine et à mourir heureuse. Depuis 55 ans, je milite pour changer le monde et la transformation passe toujours par le désir. » Ces affirmations ont été formulées par Thérèse Clerc, 77 ans, féministe de la première heure, fondatrice de la Maison des femmes de Montreuil en France et franchement bisexuelle.

Je l’ai rencontrée à Montréal lors du 30e Festival des films du monde. Elle assistait à la première mondiale d’un documentaire auquel elle a participé L’art de vieillir, réalisé par Jean-Luc Raynaud présent lui aussi.

Thérèse m’assurait être tout à fait à l’aise de se déclarer féministe « pour clamer ma liberté de femme ». Aussi, elle m’a suggéré la lecture du livre Femmes qui courent avec les loups de Clara Pinkola Estès.

De plus, elle espère fonder une autre maison, celle des Babayagas. Ce nom désigne une sorcière dans un conte russe et correspond à celui d’une maison de couture qu’elle a eue autrefois. Babayagas accueillera des femmes âgées parce que Thérèse souhaite « ouvrir la voie à n’être plus soumise aux codes sociaux ». Elle se veut « initiatrice à une autre façon de vieillir. En 2050, dans les pays industrialisés, le tiers des gens auront plus de 65 ans. »

Or, la vieillesse, ajoutait Jean-Luc Raynaud, « est un tabou que j’ai essayé de transgresser pour conjurer l’image négative que j’avais de la vieillesse parce que mes parents vieillissaient mal ». Il a proposé son projet de filmer les avantages de la vieillesse, mais personne n’a voulu le financer. C’est donc seul, avec sa petite caméra, qu’il a filmé, en de nombreux gros plans, l’intimité, les occupations, les aveux, les conceptions, les émois, les convictions, les demandes, les rires et les baisers des artistes et aventuriers de la vieillesse. Il a voulu démentir le précepte que la vieillesse est une sagesse pour le remplacer par celui de l’irrévérence.

Qu’il est bon d’entendre dans ce documentaire, Jean, 77 ans,
préciser que ses priorités sont « apprendre et aimer. On cesse d’être jeune quand on n’est plus un révolté ». Puis, Régine, 92 ans, qui parle de la grand disponibilité que procure la vieillesse et prend pour modèle une femme dont on dit : « Toujours elle apprenait ».

Et André, 79 ans, enthousiaste parce « la lecture est une source inépuisable de tout ». La vieillesse l’a amené à vivre la sexualité autrement, à « donner du plaisir sans mon pénis ». On retrouve Thérèse qui se décrit : « Je suis une vieille coquette » et qui apprécie la sexualité puisque « c’est une grande authenticité ».

Car on parle de sexe. Sérieusement. Joyeusement. Véritablement. Impuissance, incontinence, c’est ça être vieux. Débarrassé de l’obsession de l’orgasme, plus libre de vivre l’amour, découvrir l’importance de donner, c’est aussi ça être vieux. Le ventre plissé, le sein amputé, c’est ça être vieille. Jouir sous les caresses, profiter d’un massage, organiser des soirées à thème, c’est aussi ça être vieille.

Une répression familiale et sociale prive les mères, les pères, de leur sexualité alors que l’appétit de vivre s’élabore avec le sexe mais, observe Thérèse, « les vieux qui boivent, baisent et inventent dérangent ». Lucie Poirier, 2006


Prix du meilleur documentaire, Festival des Films du Monde (Montréal 2006).


Vidéo, entretien avec Thérèse Clerc




Activités de Thérèse Clerc

"inoxudable militante féministe depuis qu’elle a largué foyer et mari en mai 68"
télérama

Thérèse CLERC, à plus de 77 ans, lutte toujours pour les femmes. Mère et grand-mère de nombreux petits enfants, elle a rejeté le côté patriarcal de la famille mais pas la chaleur des rencontres familiales.

Depuis longtemps à Montreuil (93), elle a successivement participé à des mouvements écolos, de femmes et créé plusieurs structures :

- "Celles de la terre", une association originale de femmes, non classiques (c’est le moins qu’on puisse dire !)
- "La Fête chez Thérèse" : une association qui réunissait dans sa jolie maison "kitch" et décorée de façon originale, un dimanche par mois des amiEs pour faire la fête.
- Et plus récemment, la "Maison des Femmes de Montreuil", très joli endroit moderne, à mi-chemin entre maison de la culture et lieu féministe, pour laquelle elle a réussi à convaincre le Maire de Montreuil (Jean-Pierre BRARD, communiste rénovateur), de mettre la main au porte-monnaie. Dont l’architecte était bien sur une femme, écolo de surcroit !!!
- Enfin, toujours dans la lignée de son engagement pour et par les femmes, elle crée un concept original de co-location pour les femmes seniors "les Babayagas" ... (ouverture prévue en 2008)


Production/ Distribution : Les films en hiver