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Le jardin de Jad

De Georgi LAZAREVSKI, 2007, 60’



Fil conducteur de cette chronique, l’énigmatique Jad, un vieil homme éternellement coiffé d’un bonnet et toujours en vadrouille, nous guide dans cet environnement pris en tenaille.

Par des petits riens - un camion coincé, des graffitis désabusés -, le film suggère les tracas quotidiens de cette petite communauté coupée du reste du monde.

La maison de retraite Notre-Dame-des-Douleurs, Jérusalem. À l’aide d’une petite échelle en bois, des femmes chargées de paquets franchissent les murets grillagés qui entourent l’hospice.

A l’intérieur, Jamal s’affaire autour de monsieur Thomas, serviette et blaireau en main. "Je te jure, mon ami, c’est la galère pour venir ici", soupire-t-il. "Quand je te vois courir comme ça, ça me brise le cœur", compatit le vieil homme.

La construction du mur de sécurité, qui passe juste devant l’entrée du bâtiment, ne facilite pas le quotidien du home. Comme celui-ci se retrouve en zone israélienne, de nombreux pensionnaires voient s’espacer les visites de leurs proches qui résident pour la plupart en Cisjordanie et peinent à obtenir des laissez-passer.

Quant au personnel, il doit, à l’instar de Jamal, effectuer un parcours du combattant pour venir travailler...

Etats Généraux du film documentaire de Lussas 2008

« Le Jardin de Jad » m’a emmené à l’Est de Jérusalem. La construction du mur de séparation se poursuit à quelques mètres d’un hospice pour vieillards.

L’isolement est inévitable et la mort approche. Les visites des membres de famille se font rares.

Le réalisateur a choisi de nous présenter quelques personnages au caractère bien appuyé : le papi intello, la mamie cartésienne, la toute petite dame recroquevillée sur ses chansons chrétiennes, une autre qui la dispute pour son chant incessant.

Et Jad, le personnage indispensable dans l’hospice, un homme à tout faire. On ne sait pas si il est pensionnaire ou employé. Il ne parle pas, il est là. Il boit son café, mange son gâteau et aide aux femmes de
passer au-dessus du mur qui a déjà envahi le jardin de l’hospice.

Filmés en gros plan, ses yeux brillent et son nez occupe trois quarts du cadre. Nul besoin de parole grâce à son visage expressif.

Le réalisateur a vécu avec ces gens pendant le tournage. Il y a été seul, puis accompagné d’un ingénieur du son.

Malgré les difficultés financières, G.Laarevski a su enregistrer des images touchantes, sans pathos. La situation politique est omniprésente tout au long du film. Mais la forme cinématographique très subjective, n’alourdie à aucun moment les histoires de ces gens simples par le style « journaliste, rapporteur d’informations ».

Ils vivent la dure réalité d’un pays en déchirement. Que voulez-vous faire ? Ils s’en accommodent, tant bien que mal, ils font avec ou plutôt sans : sans liberté de déplacement, sans voir leur enfants à leur gré, sans famille et sans la santé.

Le documentaire se déroule lentement non sans des nombreux moments drôles. Il n’y a pas de place pour l’ennuie.

Ce que j’ai adoré dans ce film c’est que l’on rit malgré la situation tragique de Palestine. Les dialogues, les réactions et les gestes sont spontanés, ils n’ont pas été écrits pour faire rire et pourtant… Par exemple une vieille dame veut d’abord frapper une autre à cause de son chantonnement chrétien, mais fini par chanter avec elle des chansons populaires.

Rire de son malheur propre est la force de surmonter les obstacles de la vie.

Comme je l’ai déjà dit, le réalisateur a été très proche des gens filmés. Il en résulte des belles images lentes, filmées à une distance juste, du moins selon moi.

Son œuvre est un bel exemple du documentaire d’auteur, une leçon d’un réalisateur dont la caméra obéit à son cœur ouvert.
Jean-Jacques Gay

primé au Festival de Cinéma Méditerranéen de Tetouan 2009


Le réalisateur : Georgi Lazarevski

D’origine belgo-macédonienne, Georgi Lazarevski vit à Paris. Il s’initie à la photographie à 16 ans. Après des études de cinéma à l’École nationale Louis Lumière, il collabore à la prise de vue sur de nombreux courts-métrages, documentaires et longs-métrages, et poursuit parallèlement une carrière de photographe indépendant. De 1994 à 1997, il travaille régulièrement pour les organisations humanitaires
dont Équilibre, pour laquelle il réalise également des films de commande en Bosnie, à Gaza et en Irak.

Il illustre les agendas 1997 et 1998 d’Amnesty International, est lauréat du prix Jeune talent et du prix Chroniques Nomades.

Son travail personnel explore les rapports de l’humain à la nature, la notion de bout du monde, l’enfermement et les tentatives de l’homme pour échapper à sa condition.

Après avoir exposé aux festivals de Honfleur et de Romainville « Voyage en sol majeur », il réalise en 2006 le film documentaire éponyme, récompensé par de nombreux prix et diffusé dans une trentaine de pays.

En 2008, son second film, « This Way Up » (Le jardin de Jad), produit avec l’aide d’Arte et de la Scam, reçoit le prix Don Quichotte au festival de Cracovie. Georgi rejoint la maison de photographes Signatures dès sa création, en 2007.


Production : Arturo Mio avec Arte france