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Rachel

de Simone BITTON, 2008, 100’



Ce film documentaire racontent les dernières heures tragiques d’une jeune américaine, pacifiste, Rachel Cornie en mars 2003. Durant les événements qui opposent Israël à la Palestine, cette jeune femme de 22 ans par conviction tentera d’éviter la destruction de maisons palestiniennes. Rachel, idéaliste, se lance dans une lutte qu’elle juge juste et tout au long de ce voyage, elle tiendra un journal de bord qu’elle expédie à ses amis et sa famille aux États-Unis. Mais les événements tournent mal et son engagement, sa lutte et son combat se termine de façon tragique, puisqu’elle se fera écrasée par un bulldozer israélien.


Au départ, un fait divers. Le film s’ouvre sur des images impressionnantes : le corps de Rachel, désarticulé, sur un brancard. A ces images amateurs de style Youtube, Simone Bitton va opposer les siennes, plus sereines, composées de témoignages et d’archives. Pour tenter de comprendre.

Pendant trois ans, la documentariste a patiemment mené l’enquête, voyageant entre l’Angleterre, les USA et Israël. Pourquoi Rachel Corrie est-elle morte sous un bulldozer ? A-t-elle été assassinée ?

Par le jeu des documents et des interviews, le film laisse émerger la (les) vérité(s) sur le décès de la jeune militante. Les documents obtenus par Bitton sont étonnants. On découvre ainsi, médusés, les dépositions de soldats impliqués dans l’incident (et lues par le cinéaste Avi Mograbi, auteur de Z32 !).

Ils nient bien sûr tout acte volontaire, tout comme la propagandiste en chef de Tsahal, s’expliquant à l’aide de schémas naïfs. Mais en parallèle un autre soldat (non impliqué) avoue tirer sur des civils sans états d’âme, parce que « c’est la routine ».

La réalisatrice a également réussi à mettre la main sur une vidéo de surveillance israélienne en noir et blanc, à l’heure des faits. Le commentaire d’un collègue militant de Rachel vient dramatiser ces images elliptiques mais riches en tension.

Astucieusement agencé, ce passionnant documentaire bénéficie d’une sobre et efficace stylisation. Les divers témoins, du « camp de Rachel » (ses profs, sa famille, ses collègues militants) comme du côté de soldats israéliens, se plient tous au même rituel : alors qu’on les découvre en plans fixes dans leur environnement quotidien, ils se présentent, en voix off.

Bitton filme les lieux comme des révélateurs, des paysages politiques et mentaux. Ainsi, est-on saisi par la séquence de la morgue. L’acier luisant de la table d’opération répond à la défense méthodique et glaciale du chirurgien chargé, à l’époque, de l’autopsie de Rachel Corrie : « On a appelé l’ambassade américaine, plaide-t-il sans sourciller, mais ils n’ont pas répondu. Alors on a commencé l’autopsie sans témoin. »

La majorité des images ont été tournées par Bitton dans la bande de Gaza.

Lors d’une séquence poignante, un habitant de Rafah nous invite à le suivre, tel un cosmonaute sur une planète désolée, dans les décombres de sa ville meurtrie. Tout en donnant sa version de la mort de Rachel, le vieil homme foule ce sol réduit en pièces. Pour l’anecdote, ces plans de ruines jaunes sur fond bleu électrique, beaux et mélancoliques, ont en fait été téléguidés par Simone Bitton, (par téléphone !) bloquée à Tel Haviv par les soldats israéliens.

Ailleurs, la caméra balaie un riche quartier américain en travelling, avec pour seule bande sonore le chant des oiseaux. Les lieux et les paroles défilent alors, légendés par les textes extraits des lettres de Rachel (lus par ses proches), formant une méditation sur la portée de la violence, quand elle est loin de chez nous.

Faut-il s’engager pour des causes perdues d’avance ? « La vérité est dans la révolte », affirme un jeune anarchiste israélien. « Sans espoir ni désespoir », l’essentiel étant de lutter. Poignante note d’espoir pour un film qui, sans ton moralisateur, pointe l’absurdité d’un conflit aussi interminable qu’universel.

Eric Vernay sur "panier de crabes"


« Juive arabe », comme elle aime à se présenter, Simone Bitton n’en a pas fini avec Israël. Dans Mur, son précédent documentaire, la cinéaste démontait un à un les arguments des promoteurs de la « barrière de sécurité » qui, depuis 2002, sépare Israël des territoires palestiniens.

Avec la même rigueur et une sensibilité toujours à vif, elle revient, cette fois, sur la mort d’une militante pacifiste américaine. Le 16 mars 2003, Rachel Corrie, 23 ans, membre de l’ISM (International Solidarity Movement), a été écrasée par un bulldozer de l’armée israélienne, alors qu’elle tentait de protéger la maison d’un Palestinien, à Rafah, dans la bande de Gaza.

Simone Bitton enquête. Elle passe au crible les multiples témoignages, les dépositions, les documents officiels et officieux. Elle reconstitue la chronologie des faits, repère les négligences de l’enquête officielle, pointe les mensonges de l’armée. Plus le film progresse, plus la réalisatrice révèle une déshumanisation galopante : dans ce pays, des soldats, lobotomisés par la propagande, détruisent des quartiers entiers sous les yeux de civils impuissants...

Filmer les amis de Rachel (« Bien plus courageux que moi au même âge », avoue-t-elle) est pour Simone Bitton une élégante manière de retrouver sa propre jeunesse militante. En eux, elle salue une nouvelle génération d’activistes prêts à défendre leurs convictions contre les idées de leur milieu. Et l’on devine l’admiration de la documentariste pour cette jeune Américaine, refusant qu’à l’autre bout de la terre on tue en son nom.

Lus par ses proches quatre ans après le drame, les mots de
Rachel résonnent longtemps en nous. Des mots simples et bouleversants, extraits de mails ou de lettres, qui dévoilent une personnalité étonnamment mûre. Convaincue de la justesse de sa cause, mais émue par l’inexpérience des soldats perchés sur les chars et contraints d’obéir aux ordres.

Simone Bitton refuse l’émotion facile autant que le discours militant. Précis, dense, complexe, son film s’impose comme une réflexion passionnante sur la jeunesse et la résistance. Au-delà du conflit israélo-palestinien.

Mathilde Blottière

Télérama, Samedi 24 octobre 2009

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Extrait du doc


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Producteur : société de production Ciné-Sud Promotion
co-producteurs : Arte France Cinéma ; Novak Prod Belgium, RTBF

Distributeur : Umedia