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Rue de la banque

De Michael HOARE, 2008



D’octobre à décembre 2007, quelques centaines de familles contraintes de vivre dans des squats ou des chambres d’hôtel occupent la rue de la Banque à Paris, avec l’aide de l’association Droit au Logement (DAL). Le film retrace cette lutte longue de dix semaines, exemplaire à plus d’un titre : par sa capacité à résister à la répression policière et sa détermination à faire face à une surdité politique répétée, par le soutien apporté par des personnalités du monde du cinéma et des arts et par la manière dont les médias ont relayé les revendications des familles. Un an plus tard, alors qu’un tiers seulement d’entre elles a été relogé, le DAL est condamné pour « dépôt ou abandon d’objets embarrassant la voie publique sans nécessité ».


Rue de la Banque, les mal-logés font de la résistance

Décembre 2007

Ni SDF ni sans-papiers, ils sont près de 200 à camper à Paris depuis quinze jours pour obtenir un logement décent.

Ils sont toujours là, assis sur des cartons, recouverts par des bâches en plastique, le dos contre le mur et les yeux fixés vers le ciel. Gros nuages. Et s’il pleuvait ? « On est habitué maintenant », sourit une jeune fille.

Une centaine d’Africains et de Maghrébins, décidés à poursuivre leur combat pour obtenir un logement décent, « campent » toujours rue de la Banque. Arrivés là le 3 octobre, ils sont toujours aussi nombreux (180) mais les tentes ont été démontées par les forces de l’ordre. Il en reste quinze. Sur chacune d’elles, le nom d’une personnalité ou d’une association solidaire a été agrafé : Joey Starr, Romane Bohringer, Enki Bilal, Tardi, la LCR, Jeudi Noir…

Les militants de Droit au logement (DAL) maraudent constamment. Deux policiers s’avancent dans la rue. Pas besoin d’être un expert de la lecture sur les lèvres pour s’apercevoir qu’ils comptent les présents. « Ils viennent plusieurs fois par jour pour nous faire peur. Mais même sans tentes, on restera là », laisse tomber un « mal-logé ». Beaucoup d’internautes se sont insurgés contre cette appellation, l’estimant « politiquement correcte ». Elle est pourtant la seule recouvrant la réalité de toutes ces familles : elles disposent de logements insalubres et se battent pour pouvoir en louer des décents.

« On parle avec nos tripes. Et puis rien »

M.Dabo m’interpelle, furieux : « Vous êtes journaliste ? Ça ne sert à rien de vous parler. » Je me risque à l’interroger sur ses liens avec les commerçants voisins : « Je ne veux pas vous répondre. J’en ai vu passer beaucoup des journalistes. Il y en a même qui filment. Et personne ne parle de nous ! “

M. Dabo a l’allure d’un travailleur banal. Il est entouré d’autres mal-logés qui, eux aussi, sont lassés par un ballet médiatique qu’ils jugent inefficace. Fathia s’indigne : ‘On leur raconte notre souffrance, on parle avec nos tripes. Et puis rien.’

Peu médiatisée, l’action du DAL rue de la Banque ? Un autre nuance : ‘Le problème, c’est que vous ne comprenez rien. Vous dites sans-papiers. On a tous des papiers, on travaille la journée.’ Hors de lui, M.Dabo me tend la photocopie d’une page de journal. Son visage en gros plan illustre un article sur la journée de la misère : ‘Je ne suis pas la misère. Je bosse à la SNCF ! Je gagne un salaire et je veux juste trouver un logement propre. Là, je paye 450 euros pour un 8 m2 !

Je retrouve Nadia, interviewée il y a dix jours par Rue89. Déterminée, elle ne vacillera pas. Elle émet tout juste un soupir pour déplorer qu’il ne se passe rien’ du côté du ministère du Logement :


Association DAL, droit au logement

Propositions :


- Un Logement pour tous
- Pas d’expulsion sans relogement
- La Réquisition des logements vides
- Le Partage des richesses
- La construction d’un réseau international
- Participation des Sans aux Forums Sociaux

En condamnant le DAL à 12 000 euros d’amende, ce jugement crée une nouvelle infraction pour réprimer les associations de lutte de sans logis et les sans abris
Paris le 25 novembre 2008

La juge de proximité du tribunal de police de Paris n’a certes pas suivi la réquisition du Procureur qui avait réclamé 100 euros par tente, car a-t-elle expliqué, l’embarras sur la voie publique par le dépôt ou l’abandon d’objets (en principe ordure, gravats, rebus …), ne peut être imputé aux objets déposés, mais à l’action de les laisser et les abandonner. Sur la voie publique (Art R 644-2 du Code Pénal) .

Le DAL a toutefois écopé de la peine maximum, pour les quatre « infractions », à savoir trois installations de tentes (un total de 319 tentes), et une installation de sacs de couchage, couvertures, cartons, bâches plastiques … soit 750 euros par « infraction » de 4e catégorie, multiplié par quatre, car DAL est une personne morale, soit 12 000 euros. La confiscation des 319 tentes, saisies depuis plus d’un an par la police a été également confirmée.

Le jugement sera rendu dans 6 semaines, après les fêtes et la Loi Boutin.

Ce jugement a pour objet de satisfaire la rancune d’un gouvernement qui avait dû signer le 14 décembre dernier l’engagement de reloger dans un délai d’un an les 374 familles sans logis de la rue de la Banque majoritairement d’origine migrante. Il donne ainsi des gages à la partie xénophobe de sa majorité. A ce jour, 130 familles ont été relogées, sur 374.

Il s’agit d’un détournement de cet article du code pénal, créé pour sanctionner le dépôt et l’abandon de gravats, de rebus, ou de poubelles sur le trottoir.

Ce jugement a des conséquences graves, puisque de fait il crée une nouvelle sanction applicable non seulement au DAL, mais à n’importe quel sans abri.

Qu’est ce qui empêche désormais un policier muni d’un carnet à souche de dresser un tel PV à un sans abri isolé, qu’il soit sous tente, dans un sac de couchage , ou sous des cartons .

Le délit d’encombrement de la voie publique s’applique désormais à des êtres humains !

Cet amalgame est insultant pour les familles sans logis qui ont combattu dans la dignité et sans faillir malgré la brutalité de la répression et le froid, pour vivre dans un logement décent.

Ce jugement répressif vise à décourager l’association qui depuis 18 ans, a installé des centaines de campements, sans avoir jamais été poursuivi, et a obtenu au fil des luttes le relogement de dizaines de milliers de familles, pour beaucoup victimes d’une double discrimination, portant sur la couleur de leur peau et la faiblesse de leurs revenus.

Ce jugement est un message dissuasif aux autres associations, ainsi qu’aux exclus du logement qui s’aventureraient à dénoncer leur misère et à s’unir pour réclamer leur droit à un logement. Il vient de fait recréer sous la forme d’une sanction financière le délit de vagabondage.

La loi Boutin en cours de discussion met en place de nombreuses dispositions régressives, le budget du logement est en baisse, le Livret A et l’épargne populaire sont lourdement ponctionnés afin de secourir les banques et les promoteurs au lieu des victimes de la spéculation et des loyers chers, la crise du logement s’aggrave, et les mesures répressives s’abattent sur les précaires, les exclus et les mouvements qui les défendent.

L’association est réconfortée par les nombreux messages de soutien qui affluent et appellent à renforcer et rendre publique ces gestes de solidarité

L’association interjettera appel jeudi matin au tribunal de police, rue de Cambrai.

Un appel à la solidarité pour faire face à cette amende et à d’autres attaques ultérieures va être lancée.

Droit Au logement appelle à se mobiliser :
· Le 1er décembre 2008 pour lancer des recours DALO contre l’Etat qui ne fait pas son travail, puisque sur 50 000 demandes, seulement 3750 familles ont été relogées à ce jour. Rendez-vous devant les tribunaux administratifs lundi prochain
· .Le 14 décembre 2008 au coté des familles de la rue de la banque car l’Etat et le gouvernement ne tiennent pas leurs engagements.
· A soutenir les initiatives unitaires mises en place pour dénoncer le projet de loi Boutin, qui viendra en discussion à l’Assemblée Nationale le 15 décembre 2008.

Merci à tout ceux et celles qui nous ont soutenu.


Voir Pétition en soutien au DAL

- Site : http://www.droitaulogement.org/
- Adresse : Droit Au Logement 8 rue des Francs Bourgeois 75003 Paris

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Un an après

Retour rue de la Banque pour des mal-logés - Journaux du midi
Droit au Logement a réinstallé un campement rue de la Banque, dans le centre de Paris. L’association veut protester contre les promesses non tenues du gouvernement.