notre vidéothèqueTous les films

Sans soleil

Chris Marker, 1983, 100’



Le réalisateur incarne un cameraman fictif, Sandor Krasna, rédacteur de lettres lues tout au long du film par Florence Delay. Dans ses écrits, il va traiter successivement du temps, de la mémoire, de la fragilité humaine face aux séismes du Japon ou encore face à la famine, menace constante au Cap Vert ou en Guinée-Bissau. Le cinéaste voyage alors aux « deux pôles extrêmes de la survie » tel qu’il le dit lui-même. Il montrera non pas les difficultés pour ces sociétés à s’en sortir, mais plutôt leur façon de vivre et d’exister au-delà de ce qui peut leur coûter la vie. Car comme il l’annonce : « Moi, ce que je veux vous montrer, ce sont les fêtes de quartier ».

De quoi ça cause ?

Un récit de voyage qui n’en est pas un. Les
lettres d’un cameraman fictif guident à la
fois le cinéaste et le spectateur à travers
deux extrêmes de la survie contemporaine :
la "science-fiction" d’un pays riche, le
Japon et l’environnement "naturel" plus
que pauvre de la Guinée-Bissau et des Iles
du Cap-Vert. Les pêcheurs africains regardent
droit dans la caméra, bravant ainsi la
première règle de toute formation cinématographique
qui se respecte. Entre-temps,
dans le métro de Tokyo, les rêves télévisuels
des passagers somnolents se fondent
en un immense flot d’images électroniques.
"Do we ever know where history is
made ?" se demande le cinéaste, tandis
qu’il se heurte aux obstacles géographiques
de l’histoire. A travers l’hétérogénéité
d’idées et d’images, Sans Soleil
tente de retracer le fonctionnement de la
mémoire en cette fin du XXe siècle. Tant
dans le souvenir que dans le monde,
plusieurs époques, plusieurs histoires
cette simultanéité du passé, du
coexistent. La méthode poétique
qu’adopte Marker pour mettre en évidenceai
présent et de l’avenir est celle de l’ess
visuel, de la tentative lyrique. La chasse
prime sur la proie. C’est ce qui apparaît
dans les rues de San Francisco, à travers
la reconstruction minutieuse de Vertigo
de Hitchcock, ce jeu magistral de l’illusion
dans lequel le chasseur et la proie
changent si cruellement de place.

centrepompidou.fr


Extrait


Le réalisateur

Chris Marker est né en 1921 à Neuilly-sur-Seine. Il a d’abord été photographe avant de passer à la réalisation en 1945 avec un documentaire sur l’Allemagne d’après-guerre, tourné avec une caméra 16 mm prêtée par André Bazin. En 1950, il collabore au film Les statues meurent aussi aux côtés d’Alain Resnais qui, séduit par le talent dont le réalisateur débutant fait alors preuve, le surnomme le Magicien. À la même époque, Chris Marker écrit dans les Cahiers du Cinéma dirigés alors par André Bazin qui le baptise « premier essayiste du cinéma », titre que Chris Marker continuera d’honorer tout le long de sa carrière de cinéaste en publiant de nombreux essais sur le cinéma.
Chris Marker a écrit et réalisé une trentaine de films dont La jetée en 1962, Le Fond de l’air est rouge en 1977, Sans soleil en 1982, Le tombeau d’Alexandre et Une journée d’Andreï Arsenevitch en 2000, pour n’en citer que quelques uns.

Chris Marker porte une attention particulière et une sympathie évidente à toutes les formes de révolutions qui ont lieu dans le monde. En Chine communiste il réalisera un Dimanche à Pékin (1956) et soulignera qu’il est peut être « celui de la terre », il fera une Lettre de Sibérie (1958) en Yaoutie, où il n’a vu « ni fatalité, ni malédiction, mais des forces à vaincre », en Israël, il réalisera « Description d’un combat » (1960) dans lequel on sent sa sympathie pour le droit à l’existence d’un peuple martyr. Et à la Havane où le castrisme a installé des « mitrailleuses sur les toits et congas dans la rue », il réalisera le film Cuba si ! (1961).

Les films de Chris Marker se situent à la croisée du documentaire, de l’ethnographie et de l’avant garde cinématographique. Qu’il analyse des conflits politiques, rende hommage à des artistes ou explore un pays, il associe toujours une démarche de poète à une attitude d’intellectuel engagé.

Il sera l’un des créateurs des Groupes Medvedkine. Avec Jean-Luc Godard, Bruno Muel et quelques autres, ils vont ainsi mettre du matériel à la disposition des ouvriers et les former aux techniques cinématographiques. Résultat : des films forts, des pamphlets parfois violents, souvent brillants et émouvants, réalisés entre 1967 et 1973 sous l’égide de l’infatigable et génial Pol Cèbe, ouvrier et bibliothécaire du CE.


Kikiafékoi

Réalisation : Chris Marker

Scénario : Chris Marker

Photographie : Chris Marker

Montage : Chris Marker

Musique : Michel Krasna