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Voyage en sol majeur

De Giorgi LAZAERVSKI, 2006, 54’



Depuis quarante ans, Aimé projette un grand voyage au Maroc. Il a lu tous les guides, annoté les cartes et pris des notes. Mais sa femme refuse obstinément de l’accompagner. Aimé a 93 ans. Sa vie sage s’est organisée autour de son métier de violoniste dans un grand orchestre, sans grand éclat et sans grandes entreprises. Quand son petit-fils l’emmène enfin au Maroc, Aimé prépare sa valise avec un soin maniaque. Sur le bateau comme dans la palmeraie, l’émerveillement est teinté d’amertume. Restée à la maison, sa femme livre avec une franchise un peu acide ce qui, pour elle, compte dans la vie. Dans la vieille Peugeot entretenue avec soin ou dans les chambres d’hôtel, Aimé livre à son petit-fils les regrets, les occasions manquées, les bonheurs fugitifs et les leçons de sa vie. Au retour, il se met à parler avec les gens dans la rue, il converse volontiers dans le quartier, il a changé.

TEXTE DE SOUTIEN DE L’ACID

Au départ, je n’étais pas partante. Je n’avais pas envie d’accompagner le réalisateur et son grand-père au Maroc, j’avais envie de faire comme la grand-mère, rester dans un fauteuil à écouter de la musique : je me disais bien qu’il avait l’air sympathique ce grand-père mais qu’est ce qui pourrait bien surgir de ce voyage ?

Et puis, finalement, très vite, j’ai compris que le film allait nous raconter autre chose. Bien sûr, on allait traverser la Méditerranée, le désert et les oasis, mais une autre histoire en même temps allait nous être contée. Et c’est à ce moment-là que le plaisir a commencé à poindre, un des plus grands plaisirs que nous offre le cinéma : quand en nous racontant une histoire toute simple, un film nous emmène aux confins de ce qui nous habite intimement, de ce qui est indicible et pourtant toujours là, en chacun de nous, propre à la condition humaine.

Ce film, peu à peu, avec une écriture d’une grande liberté (il a été produit en toute indépendance sans télévision et, au départ même, sans producteur) nous invite à un voyage intérieur, à un voyage initiatique vers la fin de la vie, à une réflexion sur la vieillesse et la mort tout à fait inédite.

Ce vieil homme, tout sourire et humour, léger et gracieux, nous parle à 93 ans de sa vie passée et de sa mort proche, avec lucidité et sans apitoiement. Il nous convainc de surcroît qu’à cet âge avancé tout peut encore arriver.

De son côté, la grand-mère, toujours assise dans son fauteuil, mais dans une mise en scène à chaque fois inventive, nous raconte la musique comme peu sauraient le faire et nous parle de son histoire d’amour avec le grand-père.

Le désaccord qu’elle évoque, parfois sans délicatesse, et qui pourrait être douloureux à entendre, devient harmonieux par le geste du cinéaste et les résonances multiples qu’il orchestre.

On est bien loin du regard amer, de ces mises au point morbides et des larmoiements, on est loin d’un regard pontifiant ou béat sur la vie et la mort.

Le film invente, grâce à sa mise en scène et son montage particulièrement affirmés mais sensibles, ludiques mais rigoureux, une manière tout à fait jouissive de regarder en arrière tout en allant de l’avant.

Mariana Otero

Production / Diffusion

Quark Productions