A 20 ans, en arrivant à la gare d’Austerlitz, j’ai trouvé une foule humaine. Une foule. Beaucoup de monde. Mon frère m’attendait et j’ai vu une foule humaine. Ca m’a impressionné par rapport à mon Maurs. Et puis je trouvais que les gens marchaient vite. Évidemment, j’ai fait comme les autres. Je suis restée toute ma carrière à Paris. J’étais dactylo dans un commerce médical.
Et j’ai fait 39 ans dans la même maison. Le patron m’a gardée. Un jour, j’ai passé une commande de 20 millions au lieu de la commande de 2 millions. Mon patron était bien luné et moi, je ne pouvais rien dire. Il m’a gardé quand même. C’était un brave homme. Tantôt gentil, tantôt... Et puis après j’étais à la retraite, alors je venais à Maurs. L’été et l’hiver, je revenais à Paris.
Non, je suis allée... C’était dans un foyer de jeunes filles. C’était des religieuses, oui. Alors les patrons allaient dans ces foyers pour trouver des employés. A l’époque on trouvait ce qu’on voulait quand on travaillait.
Ma première paie, c’était 24 francs. A Paris, hein ! Dans le foyer, je suis restée deux ans. Après, j’ai trouvé une chambre au dernier étage. 124 marches. 124. C’était une pièce d’employé de maison. J’avais l’eau sur le palier et les toilettes. Et après, j’ai pu arriver à acheter un studio. Alors c’était quand même un peu plus amélioré. Mais moi, là haut, j’aimais beaucoup ma liberté. On allait beaucoup au restaurant. On allait danser beaucoup. Moi, je dansais beaucoup. Beaucoup de marche aussi. Surtout la marche. J’aime beaucoup la marche.
Alice 91 ans Maurs
A Paris à 20 ans
"Ma première paie, c’était 24 francs !"