Je m’appelle Anne, j’ai 40 ans et des bananes. Et l’année de mes 40 ans, il m’est arrivé un certain nombre de choses bizarres et inhabituelles.
Un matin d’hiver, je travaillais comme remplaçante dans une ferme de vache laitières. J’étais seule à la salle de traite et il y avait 4 vaches. Je venais de servir une bouteille de lait frais à un voisin et le patron venait de partir. Rosalia, une jeune vache qui venait d’avoir son 1er veau (que j’avais eu la chance de baptiser : Ugo), a baissé la tête et a passé son nez sous une barrière. Trop mignon ! Je la caresse, et lui dis "mais qu’est-ce que tu fais, Rosalia ?". Sauf que la suite c’est pas mignon du tout, parce qu’ensuite elle a passé une corne sous la barrière, puis 2 cornes, puis elle s’est couchée... et elle s’est retrouvée coincée sans pouvoir se relever ! Panique à bord, ma 1è pensée fut "zut, j’ai pas eu le temps de la traire" et la 2è pensée et la 3è pensée (tout en même temps), qu’il fallait traire les autres et rappeler le patron ! Bon donc le patron est revenu, en stress, j’avais entre temps été chercher les clés pour démonter les barrières et libérer la bête. On a tout démonté, mais bon, une vache couchée, c’est une vache couchée, et une fois libérée, ben elle pas bougé, pas voulu se relever... Il a fallu user de patience et de techniques de rebouteux (ouf et merci à celle qui m’a appris ça !) pour que Madame se mette enfin à ramper hors de la salle de traite. Là elle est encore restée couchée un moment, puis on lui a passé une sangle sous le ventre (euh, c’est hyper galère de passer une sangle sous 600 kg...), accroché la sangle à la fourche du tracteur et relevé tout doucement sur ses pattes. Bon mais j’étais pas au bout de mes peines parce que le noeud était trop serré, j’ai pas réussi à le défaire assez vite, alors comme la sangle lui chatouillait le ventre, la vache s’est recouchée ! Il a fallu recommencer, sangle-fourche-relevage-debout, ça tient !! Rosalia s’en est tirée avec une contracture musculaire et une belle trouille. Depuis, elle a eu une velle qui aime aussi beaucoup passer la tête sous les barrières, au point qu’elle a perdu ses 2 boucles d’oreille (comme quoi la génétique...) !
Un soir de printemps, j’étais en voiture sur la route entre Mauriac et Aurillac. Je suivais un camion de paille depuis la sortie de Mauriac. Au rond point, je me dis "tiens, mais il penche drôlement ce camion". Et dans tous les virages il penchait très bizarrement (et moi je serrais les dents). Je l’ai pas doublé, au cas où, quoi... A la cascade de Salins, j’ai eu très peur et j’ai vraiment cru qu’il allait se renverser, du côté du vide bien sûr. Et bon, un camion de paille, chargé comme il était, avec la hauteur et tout, ça aurait tout emmené, la paille, la remorque, la cabine... Mais finalement c’est juste après qu’il s’est renversé, dans une petite montée, plutôt en ligne droite : il s’est renversé comme un château de cartes, vvvvllllooouuuffff, dans le bas bas-côté. Et là, eh bien je me suis dit "ça y est, c’est fait", je me suis garée proprement un peu derrière, warnings et tout, j’ai pris mon téléphone et je suis vite sortie voir. La paille était tombée en contre bas dans un talus, la cabine couchée sur le côté... et les 2 chauffeurs se sont extraits de là : celui qui conduisait gueulait un peu, l’autre par contre il parlait pas, la trouille de sa vie, il a eu. J’ai vite appelé les pompiers, et le chauffeur a appelé son patron. Et alors il s’est fait engueuler parce que le camion était tout neuf, et patati patata ! L’autre il parlait toujours pas, il avait plein de coupures aux mains avec la vitre cassée. Je lui ai donné de l’eau pour se rincer et puis bon ils sont partis avec les pompiers...
A ce même printemps un matin, je suis allée pour mon travail faire des mesures dans des prairies. J’ai fait tout un tour dans, je ne sais pas, 8 ou 10 prés, avec un éleveur. Mais bon ça n’allait pas, je me traînais, j’arrivais pas à le suivre. Arrivée à la voiture qui était garée au milieu d’un pré, je sors mon ordinateur et je commence à enregistrer les mesures. Mais d’un coup, tout s’est brouillé et j’ai juste eu le temps de dire "je crois que je vais tomber dans les pommes" et pouf... par terre. L’éleveur m’a mis 2 claque, je me suis réveillée et je suis repartie chez moi, me coucher ! ça m’est pas arrivé souvent de tomber dans les pommes, 2 ou 3 fois peut-être. Avec cette histoire, j’ai raté les 40 ans d’une amie. Mais depuis, quand je vois cet éleveur, je me demande toujours s’il va encore me coller une tarte ?!
Un matin d’été, c’était à la fin de mes vacances, j’ai fait une mauvaise chute comme on dit, et je me suis tordue la cheville. Enfin c’est ce que je croyais, que j’avais une entorse. Je suis allée faire une radio, et bon, c’était une fracture. J’avais prévu de voir un rebouteux pour mon entorse, alors il est quand même venu, il a passé la main à 10 cm de la cheville, et au niveau de la fracture, ça m’envoyait comme un courant d’air froid dans l’os. J’avais jamais eu de fracture de rien nulle part, jusqu’alors. Ce qui est spécial, c’est que mon voisin aussi s’est cassé la cheville, 2 ou 3 jours avant moi. Alors après on était comme 2 couillons à parler malléole, radio, béquilles et kiné par dessus le grillage.
A la fin de l’été j’ai eu 40 ans, ça aussi c’était inédit.
Ah et ce que j’ai oublié, c’est que j’ai été mordue par un chien, et que j’en ai encore les marques. Depuis, j’ai peur de certains chiens.