Moi je suis Anne, j’habite à Maurs depuis 20 ans maintenant. C’est une histoire urbaine que je vais raconter. J’ai acheté il y a 20 ans un petit enclos dans le centre-bourg de Maurs, qui était une mini-exploitation agricole, qui était plus destinée à abriter du bétail d’ailleurs. Il y a une étable et une grange, j’ai aménagé l’étable pour mon usage personnel.
Et sur cet enclos, il y avait une petite maison en très mauvais état, qui au bout de quelques années, quand j’ai fini la première tranche de travaux, j’ai arrangé pour la louer. Donc je suis devenue un petit peu capitaliste. Mais c’était aussi le but d’arrondir un petit peu une retraite modeste.
Donc c’est une petite maison, arrangée proprement mais pas luxueuse, un petit peu moins de 50 mètres carrés sur deux niveaux, qui a rapidement, compte tenu d’un loyer modeste,
intéressé des gens jeunes de passage. Et l’un d’eux, un gothique affirmé, avec des goûts vestimentaires qu’on ne pouvait pas manquer, mais qui est venu me voir en me disant « personne n’accepte de me louer quoi que ce soit, donc est-ce que vous accepteriez le local se trouver disponible à ce moment-là ? ». Bon, moi, je n’ai rien contre les gothiques a priori. C’est un garçon brillant qui travaillait à Aurillac, électrotechnicien.
C’est un garçon étrange, voilà. Donc bon, ça s’est bien passé pendant pratiquement 5 ans.
Et un beau jour, j’étais dans les bois en train de me balader et il y a une amie qui me téléphone et qui me dit : t’es chez toi ? Je dis non, je me promène. Elle me dit que tu ne pourras pas rentrer chez toi. Donc je me suis quand même vite précipité sur le bourg. Je suis rentrée. Et effectivement, la place du 11 novembre, pour ceux qui connaissent Maurs, était bloquée par des camions de pompiers, de la gendarmerie, l’armée, un représentant du préfet.
Et donc j’interroge pour savoir qu’est-ce qui se passe. On me dit : ne vous rentrez pas, ils avaient déjà évacué mes voisins. Et moi, ils m’ont juste autorisé. Je suis allé à prendre mon chien quand même, les croquettes, mon pyjama, une trousse de toilette et puis vogue la galère. Le maire m’a proposé de me loger au camping dans un bungalow où je suis resté deux jours. Et en fait c’est mon locataire qui a été dénoncé par un de ses amis proches puisqu’il avait menacé de lui casser plus que la gueule d’ailleurs. Il avait fabriqué un certain nombre de bombes. Il a été mis en garde à vue d’abord et en prison ensuite. C’était en septembre 2023. Et donc, pas de nouvelles, je devais soi-disant être convoquée pour une enquête, je ne l’ai pas été. J’ai appris, bon j’ai dénoncé le bail parce que je n’avais pas trop envie qu’il revienne non plus, quand même, je ne voulais pas, bon... Donc j’ai appris petit à petit les choses. Il a été remis en liberté, mais sous bracelet électronique, et parti en centre de soins. C’est un gars qui est autiste Asperger, complètement brillant, vraiment brillant intellectuellement, manuellement. Un gars qui a été un peu décalé, enfin décalé, oui, on peut dire ça. Moi, je ne veux pas l’accabler, mais en fait, il m’a fait quand même un sale coup parce que la maison est toujours sous scellés. ... Peut-être que je serais un tout petit peu plus prudente. L’histoire s’arrête là, mais elle n’est pas finie en fait, puisque j’attends toujours. Cette maison a été fermée deux ans et demi. J’ai bien peur qu’elle soit en fort mauvais état quand je vais la récupérer. Mais bon, j’ai pris le risque. Je ne regrette pas, mais je commence à trouver que c’est un peu long quand même.
Anne 81 ans Maurs
le locataire qui fabriquait des bombes
" Moi, j’ai rien contre les gothiques.."