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Anonyme Aurillac
la lecture et la morale

"J’étais terrifié"...

Eh bien, écoute, il y a un souvenir qui m’a marqué pendant très longtemps. C’est tout simplement ma rentrée au 11e, donc à la première classe d’école primaire.
Il est assez lointain, mais j’ai toujours les images en tête. En fait, rapidement après être entré dans la classe, l’institutrice nous a distribué des livres, nous a fait ouvrir le livre. et de suite a demandé à tous les élèves, l’un après l’autre, de lire une phrase et de s’arrêter. Ça a commencé dans la première colonne à ma droite, il devait y avoir 4 ou 5 élèves, et ça devait poursuivre avec la deuxième colonne où j’étais en dernière place. Et rapidement, un élève s’est trompé, a eu des difficultés, s’est trompé pour prononcer le mot qui était écrit.
Il s’est fait gronder, il s’est fait disputer. Une peur comme rarement j’en ai eu. J’étais terrifié tout d’un coup à l’idée que peut-être je serais incapable de lire correctement la phrase qui était écrite sur le livre.
Un autre élève ensuite s’est trompé, a bafouillé. C’était moins énorme que le premier, mais là aussi, l’institutrice avait assez mal réagi et il avait un petit peu disputé, montrant son mécontentement.
L’angoisse montait vraiment, j’étais de plus en plus terrifié, mais comment je vais faire pour lire ce truc ? Je ne sais pas lire, personne ne m’a appris, je ne suis jamais venu ici. De fil en aiguille, la parole passant aux uns et aux autres, ça arrive à moi.
J’ai pris une grande inspiration, et tel un miracle, j’ai pu dire la phrase que j’avais à lire correctement. Je n’en revenais pas. Je ne savais pas par quel mystère j’étais parvenu à lire ce qui était écrit.
Je venais de rentrer à l’école, c’était le premier jour de la rentrée, personne ne m’avait appris d’où ça venait. Je n’avais pas la moindre idée. J’ai gardé longtemps cette image et j’avais peur de ne pas savoir, de ne pas être capable de faire quelque chose. En quelque sorte, j’ai résolu ce mystère, mais bien des années après, je devais avoir 45 ou entre 45 et 50 ans. Un jour, j’en parle à ma mère, je vais te raconter cette histoire parce que ça m’avait marqué. Et lorsque je lui ai raconté ce que je viens de vous raconter, surprise, elle s’étonne et me dit, mais enfin, quand tu es rentré au CP, tu savais lire, je t’avais appris et tu te débrouillais très bien. Je n’avais plus le souvenir d’avoir appris à lire, mais j’avais ce souvenir de terreur devant mon incapacité potentielle à pouvoir lire ce qu’on me demandait.
En fait, j’en ai tiré une morale, toute simple. C’est qu’il ne suffit pas de savoir quelque chose ou d’être en capacité de faire quelque chose. Encore faut-il savoir que l’on sait faire. Et voilà.