Peuple et Culture Cantal
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Arnaud Maurs
En quête

" J’ai décidé de faire confiance à la vie..."

Je vais vous parler d’un nouveau chapitre de ma vie qui s’est ouvert aujourd’hui. Entre hier et aujourd’hui, on va dire. Aujourd’hui, j’ai servi à un paysan qui a ouvert gentiment ses portes sur son exploitation de polyélevage, pour faire simple. Comment dire ? C’est vraiment un nouveau chapitre qui s’ouvre et qui n’était pas du tout, du tout écrit à l’origine. Je vais le faire commencer il y a six ans de ça, par une période d’un an au Canada, où j’ai vécu en forêt, à suivre une formation sur la pédagogie par la nature, basée sur la sagesse des peuples premiers. Pendant cette année, on était bercé chaque semaine par un conte, un mythe qui faisait partie de notre processus d’apprentissage. Et il y a un conte qui m’a mis en larmes et j’ai senti qu’après ça, je me reconnectais avec mes émotions. Et puis deux mois avant la fin de cette formation, dans un jeu dans une forêt qui était un peu pentue, j’ai glissé sur la mousse et je vais la faire courte, jai cassé mon bras qui est parti à 180 degrés dans l’autre sens. Donc avec l’humérus qui a explosé à l’intérieur sans fracture ouverte, heureusement. Et bon, après, il a fallu que je récupère le bras. Marche 2 km dans la forêt, hôpital de campagne avant le lendemain d’être opéré dans un vrai hôpital.
Et bon, voilà, débat interne. Est-ce que je reste au Canada ? Est-ce que je rentre en France ? Rapatriement ou pas ? Je décide de rester. Il y a de nouvelles mini-aventures, mais bon. Ce n’est pas l’essentiel. Et trois mois après cet accident, j’étais à Paris.
J’ai découvert hier que l’endroit où j’ai eu mon deuxième accident, c’était l’endroit où les cantalous arrivaient à Paris pendant des siècles, à la gare d’Austerlitz. Et je revenais d’un lieu que certains d’entre vous connaissent ici, qui est un peu un des derniers endroits un peu sauvages dans Paris, où on peut ne pas voir le béton, où on peut presque entendre la nature, et qui est un peu isolé. C’est l’ancienne fosse aux ours, en face du muséum d’histoire naturelle, où il y a un petit accès souterrain. Donc j’allais me ressourcer régulièrement, en particulier après avoir passé un an au Canada, où Paris me sortait par les pores et où je n’avais pas du tout envie de re-rentrer. Et je la fais courte aussi, je traverse le boulevard de l’hôpital, le bien nommé, et je me fais renverser. En grande partie à cause d’une voiture de police qui est arrivée à toute berzingue avec gyrophare, un peu la new-yorkaise, qui m’a un peu distrait et je me suis fait renverser par un taxi.
Et là, même côté qu’au Canada, le genou, plateau tibial, tibia péroné et la tête humérale, du même côté, donc du côté gauche. Quatre mois d’hôpital, un mois en fauteuil roulant, il a fallu que je me retape, littéralement, reprendre à remarcher. Et en même temps, ça m’a donné un vrai moment d’attente pour pouvoir un peu réfléchir à ce que j’avais vécu juste avant au Canada, qui avait été très intense à plus d’un titre. Et donc voilà, ce chemin fait que, tout de suite, j’ai envie de me reconnecter à mes racines provençales. Je demande d’être rapatrié vers le sud de la France où ma famille vit.
Et j’ai dû aller travailler dans une école Montessori pour coordonner la création d’un collège. Et je me suis dit comment diable je vais pouvoir faire ça depuis mon fauteuil roulant. Le non-hasard. Moi, ce qui me guide dans la vie, pour ça tout à l’heure ça a résonné, c’est ce que j’appelle le non-hasard.
À partir du moment où j’ai fait confiance à la vie, la vie m’a donné ce dont j’avais besoin. Et donc je me retape dans le Midi de la France, super. J’arrive à garder contact avec le couple qui voulait créer ce collège Montessori. Je travaille là, je le lance. Ça tombe avec le premier confinement, donc il y a quand même quelques remous, surtout au niveau de l’éducation nationale. Je ne sais pas si vous connaissez à ce moment-là, il y a eu plein d’ordres et de contre-ordres. Et le collège est monté.
Sauf que j’ouvre les yeux sur ce couple qui me laisse un peu insatisfait et je décide de ne pas y rester Et le non-hasard qui m’avait ramené sur Paris l’espace d’un entre-confinement, un ami me dit...
Puisque tu me racontes sur ce que tu as vécu au Canada, va à Narjac chez cette Américaine qui est chanteuse professionnelle, conteuse et suis la voie Lakota, la voie amérindienne principale de Renouveau.
Why not ? Pourquoi pas ? On y va ? Je me rends là-bas juste avant le deuxième confinement, un mois et des poussières. On s’entend très bien, on a 20 ans de différence, mais on s’entend un peu comme frères et sœurs ou chien et chat.
Et trois heures avant que Macron annonce son deuxième confinement, je l’appelle en lui disant « ça sent mauvais, j’ai très mal vécu le premier, est-ce que je pourrais venir me confiner chez toi ? » Elle avait un gîte et donc le gîte allait être fermé.
Elle dit banco et me voilà à Najac. Et depuis le moment où j’étais là bas, j’ai vu qu’il y avait une autre vie. Alors l’Aveyron et le Cantal partagent beaucoup de choses en commun. Et voilà, j’étais allé à...
Je ne suis jamais reparti de Najac, sauf pour les vacances. L’appartement parisien a été largué. Les liens du Sud sont de plus en plus... À bonne distance. Donc, voilà, il y avait toute une introspection à faire par rapport à ça.
Et voilà, en écoutant la vie, j’ai découvert par un hasard total à travers une amie, elle m’a pointé vers l’école-lieu qui se montait. Je l’ai contacté parce que ça me semblait très bien, et puis quelqu’un, là bas, a fait banco aussi. Et là, j’ai participé à tout le processus, et on est arrivé à la logique que, voilà, la meilleure manière d’être avec... C’est d’aller aider ou s’entraider.