Peuple et Culture Cantal
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Aurore Mauriac
Comment j’ai (finalement) découvert l’amour...

le play boy et le bidou

Quand j’avais à peu près 28 ans, je suis partie à Londres. C’était un peu comme fille au pair sauf que moi j’y vais très tard. Là bas, j’ai rencontré un garçon, là où j’apprenais l’anglais. Parce qu’il y avait une espèce d’institut pour apprendre l’anglais. Et je suis tombée folle amoureuse de lui. Et c’était la vraie passion.
Et du coup, j’ai eu cette chance et cette malchance de connaître la passion. Mais alors, même en livre, je crois que je ne peux pas décrire à quel point c’était passionnel.
Et donc je me disais, c’est ça la vie. C’est-à-dire aimer quelqu’un à presque en crever. On le voit, on est complètement ébahi, l’admiration totale. Je me disais : c’est ça, ça ne peut qu’être lui. J’en avais rencontré beaucoup avant.
Et je me disais, c’est ça que j’attends, puisqu’au niveau du corps, c’est merveilleux. Donc, voilà, je n’avais jamais connu ça avant. Et donc, je me suis dit : c’est lui l’homme de ma vie.
Et donc il s’avère qu’il avait un peu ce côté cliché du beau gosse, intelligent, qui regarde une fille et puis la fille est par terre. En fait, il faisait ça, c’était facile pour lui, la séduction, parce qu’il avait des atouts.
Et moi, en fait, j’étais encore très jeune dans ma tête à me dire, ben non, c’est pas que ça. S’il m’a choisi moi, c’est qu’en fait... Il va être dans la volonté de construire, la volonté d’être soi-même, la volonté d’avoir des moments doux, la volonté d’écouter. En fait, c’était tout l’inverse. C’est-à-dire qu’à part cette histoire corporelle, il n’y avait pas vraiment d’humilité chez lui.
Et en fait, si on sortait et que j’avais oublié mes beaux talons pour une méga soirée à Londres et que je mettais mes chaussures basses ou que je n’avais pas mis mon dernier parfum, machin truc, en fait, j’avais des réflexions. Ouais, tu n’as pas mis tes talons, tu es vachement plus belle. Ah, mais tu aurais dû mettre ta jupe courte. Franchement, celle-ci, elle ne te met pas en valeur. Donc, j’étais un peu un cul ambulant. Et je me disais : putain, j’ai 29 ans, mais j’ai vraiment rien compris à la vie. Je me fais mal, mais pourquoi ? Alors que si ça se passe bien au lit, en gros, c’est merveilleux. Ça veut dire qu’on est des âmes sœurs. J’étais très jeune dans ma tête, je le répète. C’était un peu binaire, 1 ou 0. Mais comme c’était incroyable, je me disais non.
Puis la vie a passé. Évidemment, il faisait sa vie. Et puis moi aussi. Il ne m’appelait pas beaucoup parce qu’en fait, quand je l’ai rencontré à Londres, après j’ai arrêté d’être fille au pair, je suis retournée à Nice. Et lui, il restait à Paris, il restait à Londres. Il faisait ses petits voyages d’affaires et tout ça. Et puis moi, il m’oubliait clairement. Et puis moi, je ne cessais de l’appeler. Il s’appelait Miguel en plus. Miguel !
Ah bah oui, non mais là, je reviendrai peut-être ce week-end. Mais tu sais comment je suis occupé. J’étais une pauvre fille qui n’avait rien compris et qui pensait juste que le mec il fallait qu’il soit beau, qu’il ait aussi des belles fesses, qu’il ait plein d’énergie et qu’il ait beaucoup d’égo pour que tout le monde le regarde.
Et puis je me suis plantée un milliard de fois avec les mecs. Et jusqu’au moment où je me suis dit : c’est bon, je ne veux plus de mec, je ne veux plus d’enfant, je ne veux plus de famille, je suis complètement tarée. Je croyais que c’était la passion, la belle vie, mais non, ce n’est pas du tout la passion. Je vais me retirer, je pars dans la montagne, faire du woofing. Donc je suis partie à Roures, dans les Alpes-Maritimes, pendant un an. Je voulais m’acheter une tente. Et j’ai vraiment vécu en mode : je fais du potager, j’ai appris la permaculture et j’ai coupé complètement quoi.
Alors bien sûr parce que ma vie est faite de beaucoup d’extrêmes, donc c’était un peu un extrême là aussi. Et puis à Roures, ce n’était pas loin d’un village qui s’appelle Val-de-Blore ou quelque chose comme ça. Et là, je n’avais plus de thunes forcément, parce que pendant un an, plus de sous. Il fallait à tout prix que je travaille. Et là, j’ai été surveillante dans un lycée et j’ai rencontré un prof. Alors, pas du tout sexy, mais alors, il était juste lui-même. Et il était juste parfait parce qu’il était lui-même. Et il a dit des choses toutes simples, des choses humaines. Et puis on s’est retrouvés à un échange de système local. Et il m’a dit : Ah c’est super, on est 49 aujourd’hui ! On était 49 et on mange une galette des rois. Et je me disais : mais c’est qui ce type qui est heureux juste parce qu’on est 49 personnes à une table ?
C’est qui ce type qui a du bidou mais qui a les yeux qui brillent quand il voit du monde heureux autour d’une table, c’est qui ce type qui a l’air d’avoir plus de 10 ans que moi mais qui a l’air normal et qui se réjouit des choses les plus simples de la vie ?
Et en fait, je l’ai un peu dragué. Parce que j’avais l’habitude de draguer déjà. Et puis on a parlé de randonnées, on a parlé de papillons, on a parlé de trucs un peu bêtes. Et puis on est partis en randonnée. Et puis quelques mois plus tard, on s’est mis ensemble. Et puis il m’a dit : tu sais, moi je cherche plutôt une sexagénaire qui est à la ménopause.
Parce que j’ai déjà deux grands gamins et que la vie c’est bon. On m’en a mis plein la gueule. Il avait le divorce, le truc, il avait failli se suicider tellement il aimait sa femme quand elle est partie avec une femme. Donc c’était compliqué pour lui tout ça. Et il m’a dit : certes on est bien ensemble, mais moi, non. Tu veux des enfants, mais ce n’est pas possible avec moi. Au revoir.
Donc on s’est séparés. Et puis moi j’ai dit, je ne lâcherai pas l’affaire en fait. Tant pis, il ne voudra pas de gamin peut-être, ou peut-être pas. Donc je suis retournée à la charge. Et puis maintenant on est dans le Cantal, on a deux enfants, on a une maison, et on s’aime. Et c’est l’homme le plus merveilleux que je connaisse. Voilà. Je l’ai fait courte à l’avant parce que c’est pour que je chiale pendant trois heures, c’est pas la peine.