Peuple et Culture Cantal
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... cinéma d’ici et d’ailleurs ...
Caroline Saignes
Diana Jones

Mon port maintenant, c’est le Cantal

Je vais vous raconter la fois où j’ai réalisé mon plus grand rêve. C’était en 2011 que j’ai pris cette décision.
Tout simplement parce que quand j’étais petite, je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie. Et quand on me disait : qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras plus grande ? », moi je répondais : Diana Jones ». Parce que je rêvais de voyage et d’aventure. Et on m’a dit que ce n’est pas un métier. Ok. Et donc je me suis laissée porter par le flot. Et j’ai fait 12 ans de métier dans la sécurité. Et en fait, arrivé à un moment, je savais que je n’étais pas à ma place, que j’étais malheureuse. Pourtant, j’avais tout pour être heureuse. C’est-à-dire que j’avais un travail, je mangeais, je dormais, je faisais du sport. J’avais un copain, j’avais tout ce qu’il fallait et pourtant je n’étais pas bien.
Et à un moment, il y a eu un déclic où le besoin de me réaliser était plus fort que la peur. Et je suis partie, donc j’adorais les voyages, et je suis partie faire un voyage avec le livre de Laurent Gounel, « L’homme qui voulait être heureux ».
Et ce livre m’a bouleversée, et ça a été un des déclics qui a fait que j’ai pris la décision de tout plaquer et de parcourir le monde en sac à dos. Donc à 33 ans, j’ai fait mon sac. J’ai démissionné d’un poste de fonctionnaire où j’étais bien payée. Et j’ai pris mon sac à dos et je suis partie. J’étais terrorisée et je ne savais pas de quoi j’avais peur. Parce que je savais que c’était la bonne décision. Ça, j’en étais intimement persuadée.
Pour la première fois de ma vie, je savais que j’étais à ma place. Et j’avais peur. Et je me suis dit : en fait, tous mes points de repère sont à l’extérieur. Ma famille, mes amis, mon boulot, mon appart. Et j’ai lâché tout ça. Et du coup, qu’est-ce qui reste ? Il reste moi. Et moi, je ne sais pas qui je suis à 33 ans. Et j’ai attaqué par la Réunion parce que j’avais ma cousine qui habitait là-bas, donc c’était plutôt simple, on était en coloc pendant un mois, c’était cool.
Et donc après j’ai attaqué toute seule par l’Inde. Souvent, j’entends dire que le voyage est le reflet de ce qu’on est. Et bien, je n’aurais pas pu choisir plus chaotique que l’Inde. Et ça a été un enfer sur Terre parce que tout m’agressait, que ce soit les odeurs, les hommes, l’environnement, tout. Et j’ai été obligée de tout remettre à zéro. C’est un peu comme si on avait vidé mon verre pour que je puisse le remplir à nouveau. Et j’ai découvert aussi un côté sombre qui m’a fait peur. Mais je pense que c’est le jeu. Quand on se découvre, on découvre des choses qu’on n’a pas envie de voir, mais qui font partie de nous et avec lesquelles il faut dealer et avancer. Parce que les tuer, ça reviendrait à nous de tuer une partie de nous et c’est pas le but. J’ai vécu des choses formidables. Je suis née une deuxième fois, donc ce 31 août 2011. Et j’ai vécu les deux ans les plus intenses et les plus beaux de ma vie. J’ai été pleinement moi, différente de moi que je connaissais, puisque j’ai pu explorer vraiment, un peu comme, alors je ne sais pas si la référence est bonne, parce que j’ai envie de vexer personne, mais un peu quelqu’un qui aurait différentes personnalités. Mais voilà, d’essayer d’explorer qui j’étais réellement. Et j’ai pu vivre des choses insensées où mon rêve c’était de nager avec les dauphins. Finalement j’ai nagé avec un requin, c’était plutôt pas mal. J’ai bu le thé dans une porcelaine fine, les pieds dans la boue au milieu d’une rizière avec des gens que je ne connaissais pas. J’ai chassé le lézard, j’ai mangé des trucs qui ne sont pas censés être mangés. Je me suis épanouie, j’ai vécu intensément pendant ces deux ans. Et j’étais partie pour jamais revenir. Et au final, j’ai pas trouvé de chez moi qui soit réellement chez moi comme j’étais chez moi en France.
Et je suis rentrée. Et ça a été horrible. Parce que j’appartenais plus au voyage, j’appartenais plus non plus à la France qui m’a bien fait comprendre que je servais à rien parce que je rentrais pas dans ces cases. Et j’ai fait une dépression aussi, je pense, pendant quelques temps, huit mois. Et je m’en suis remise. Et en me disant, qu’est-ce que c’est qui t’a fait partir ? C’est que je n’avais pas envie de passer à côté de ma vie. J’avais envie de réaliser qui je suis et de ne pas m’asseoir sur...
Et il y a une phrase qui dit que les bateaux sont en sécurité dans le port, mais que les bateaux n’ont pas été construits pour rester au port. Et j’aime bien ça. Donc voilà, mon nouveau port, c’est le Cantal.