On a passé 14 ans à se vouvoyer. On s’appelait monsieur et madame. On se voyait que quand il y avait cours, on avait des conversations amicales avec une pleine complicité. Lui, c’était flûte traversière et moi, c’était l’alto, la flûte à bec. Voilà. Alors, c’était des mains qui se frôlent et se touchent parfois, pour boucher les trous de la flûte. Le concert qui était toujours trop court mais qui permettait de se retrouver. Après, on s’invitait à manger aussi. Moi, j’ai 123 comme numéro d’appartement. Et lui, il a 213. Et ça, ça nous faisait rire aussi. On habite à deux rue d’écart. On allait boire l’apéro en ville aussi, à la fin d’une belle journée. Des fois, je me demandais : me diras-tu un jour la vérité par rapport à ce qui semble jaillir de tes yeux ? Tu es maladroit. Comme moi. Timide, confus. Mais j’aime te rencontrer, même que de temps en temps. Parce qu’il n’y avait rien d’officiel. Alors les minutes passent trop vite, j’ai remarqué, quand il est là. Mais nous rions souvent ensemble des mêmes choses. Alors la complicité, la discrétion, c’est deux de nos qualités. C’est la même chose. Et alors lui, il était musicien, et moi j’étais passeuse de mots, je dirais, puisque j’écrivais. On s’écrivait les jours où il y avait pas cours.
Et alors là, ces deux mondes d’artistes, si proches que je voudrais avec des mots, sur une portée, écrire tout ce que j’éprouve pour toi. Tu jouerais ce morceau rien que pour moi, et nous serons heureux tous les deux. Sans le vouloir. Voilà.
Mais il ne s’est jamais rien passé. C’est un amour platonique.
Il est plus vieux. Il est de 48 et moi je suis de 56. Il a été malade, donc j’ai pris des nouvelles. Je ne sais pas comment dire... C’est quelqu’un que j’ai, oui, voilà, à moi. Je ne sais pas. Difficile à expliquer, mais bon, ça existe. Voilà. Et puis il y avait des trucs, je ne sais pas, il commence une phrase, moi je la finis. Et c’était... Non mais on aurait dit qu’on était... Je ne sais pas, c’est difficile à comprendre. Une relation bizarre. Ce n’est pas un homme entreprenant, c’est rare, un homme comme ça...
Cathy Figeac 70 ans
Un amour platonique
"C’est rare un homme comme ça..."