Je m’appelle Cécile, 65 ans, et je ne réside dans le Cantal que depuis 1997. Mais il se trouve que j’y suis née dans le Cantal. Mon père était inspecteur et il a été nommé en 1953 à Saint-Flour. Et moi, ils m’y ont faite là. JMais j’ai passé qu’un an à Saint-Flour, J’y suis revenu longtemps après en suivant mon mari, le père de mes enfants. Il a demandé le Puy de Dôme et il a eu le cantal, c’est comme ça dans l’Education nationale. Et moi, je me suis dit, ouf, je quitte les Ardennes, enfin vers le sud et tout. Et j’avais une image du cantal absolument merveilleuse, parce que je savais que mes parents y ont été très heureux.
Alors, moi, je suis psychomotricienne. Mais quand je suis arrivée dans le Cantal, je me suis retrouvée au chômage donc ça a été un peu la chute libre complètement et avec ça, mes enfants étaient petits, 8 mois et 3 ans et comme on n’avait pas beaucoup d’argent, vu que j’avais pas de boulot on a cherché une maison. Je me rappelle qu’on s’est dit Aurillac, c’est le trou du cul du monde, on va trouver une super maison avec des lauzes, le cantou, tout à fait fait le truc dont je rêve. Et tout autour d’Aurillac, c’était 6000 francs par mois ! On a reculé de 20 km 10 km c’était 4000 et on a atterri à Saint Mamet où c’était beaucoup moins cher. Donc il me fallait une voiture. Et moi toute ma vie je militais contre la voiture, j’ai toujours refusé d’avoir une voiture, j’ai quand même passé le permis tard mais je l’ai eu et à 22 ans, mon papa m’a vendu sa vieille voiture.
Voilà, donc je faisais les trajets tout le temps. C’était une... c’était pas la R16, c’était celle d’après, je sais plus. Ou la Mégane, je me rappelle plus ce que c’était. Je faisais les trajets aller-retour régulièrement à Aurillac. C’est un peu impressionnant, ce truc-là. Et j’entendais bien que cette voiture elle faisait un bruit, mais un bruit de plus en plus... un bruit aigu comme ça et puis surtout de plus en plus fort. Bon bref, un jour, c’était trop, je m’arrête à Sanssac, chez un garagiste Renault. Le mec tu sais c’est comme quand tu vas chez le toubib et qu’il a ton analyse devant et puis qu’il commence à faire la grimace et tout, et tu te dis ouh ouh là , il y a quelque chose de terrible. Bref, le garagiste ouvre le capot de la voiture, il commence à se gratter la tête et moi j’ai dit : mais qu’est ce que c’’est, qu’est-ce que c’est. Et il disait rien du tout pendant un moment. Et il me dit, « alors là, alors là, vous avez vraiment frôlé la correctionnelle ». Et moi, alors j’ai un cerveau, ça marche très vite, je pense à plein de trucs, j’ai plein d’idées, tout ça, mais c’est comme un train lancé à grande vitesse et quand j’ai un stress ou une agression ou quelqu’un qui est un peu autoritaire avec moi et tout, c’est comme si tu tirais sur la sonnette d’alarme du train et que tu t’imagines dans la vallée de la mort, au far west, le train s’arrête en pleine campagne, il n’y a plus rien, plus rien fonctionne, je bugue, je bugue complètement. Je me suis dit mais qu’est ce que j’ai fait ? Puis je suis trouillarde en fait, j’ai peur des gens, j’ai peur de tout, j’ai peur de la police... La correctionnelle, je me dis : mais qu’est ce que j’ai fait, qu’est ce que j’ai fait et alors j’étais sidéré quoi. Je pense qu’il m’a prêté une voiture pour entrer à Saint Mamet. Mais j’ai même du mal à m’en souvenir. J’étais sous le choc.
Et après, juste avant de partir donc, j’ai dû laisser ma voiture dehors il me dit : surtout vous clouez bien la voiture. Et alors là, moi je dis : « mais qu’est ce que c’est ? Comment on cloue une voiture ? » Je rentre à la maison et je dis au père de mes enfants : « écoute, il y a un truc, je ne sais pas ce qui se passe, j’ai dû faire un truc terrible, j’ai frôlé la correctionnelle, il m’a dit la garagiste. Et puis aussi, comment on fait pour clouer une voiture ? Ca sert à quoi ? Par où tu cloues quelque chose ? ». Et je me disais, je me voyais avec un marteau... mais c’est vraiment, voilà... Je ne sais plus comment je suis rentrée. Il a dû me prêter une voiture. Et deux, trois jours après, j’ai reçu la note. Alors évidemment, tout le monde comprend de quoi il s’agit. Sauf moi, bien sûr, parce que je suis nulle en mécanique. C’était la courroie de distribution qui était à deux doigts de péter. Alors c’est ça qu’ils appellent ici la correctionnelle ? Et clouer la voiture, c’est bien la fermer. Mais moi, je ne connaissais pas ça. Clouer, pour moi, c’est clouer, tu vois. Ce n’est pas du tout le même langage dans le sud, parce que je suis originaire des Pyrénées, quoi...
Alors, conclusion, les filles, enfin, c’est très anachronique ce que je dis, parce qu’il ne faut pas dire ça, mais apprenez la mécanique et prenez des cours de langue régionale.