J’ai grandi dans le Tarn et, à 18 ans je suis parti pour les études. J’ai fait ma prépa littéraire à Montpellier. Après un an en Espagne, et ensuite deux ans à Toulouse en master d’urbanisme et de transition environnementale.
Ma mère était maîtresse. Et maintenant elle est maraîchère. On s’installe à peu près en même temps en fait. C’est marrant. Et... Mon père est toujours ingénieur au CNES. Informaticien dans le spatial. C’est assez pointu ouais. Je sais à peu près ce qu’il fait. Il nous racontait plus les blagues qu’il faisait au bureau que son travail. C’est peut-être plus simple à comprendre. Ouais, je pense que ça... C’est ce qui fait marrer au travail aussi.
Et voilà, et après... Ma mère vient d’une famille d’agriculteurs, par contre, des portugais. Mais qui ont fui le Portugal à la fin de la dictature. Du coup, ils ont perdu le lien à la terre. Il y a encore une ferme au Portugal où il y a des oncles et des tantes de ma mère qui ont gardé la maison et qui élèvent des brebis.
J’ai découvert la géographie, ça m’a bien intéressé. J’aimais beaucoup la littérature, mais malheureusement les métiers de la littérature amènent rarement de l’action directe sur le terrain. Donc j’ai plutôt fait géographie pour faire de l’urbanisme. Pour vraiment aller toucher là où il y a des enjeux, des transitions environnementales et tout ça.
Ce n’était pas très idéologique au départ. Je pense que ça l’est devenu. Ça s’est fait comme ça. Du coup l’Urba ça permettait d’aller vraiment toucher les territoires. C’est-à-dire de comprendre le territoire, comment le territoire fonctionne.
Et en fait les élus sont très peu intéressés par l’environnement. Ils sont intéressés par l’environnement jusqu’au moment où on touche au droit de construire. Le droit de construire, c’est le nerf de la guerre dans l’environnement. Sur la préservation de la biodiversité... Préservation de la biodiversité, des corridors écologiques et du climat, de la qualité des sols, du stockage de carbone dans le sol. Quand on construit, on détruit tout ça. Et du coup, à la fin de mes études, j’ai eu une très mauvaise expérience dans un bureau d’études. Plus les questionnements que j’avais sur la pertinence de l’urbanisme et sur la philosophie de la discipline. En fait, quand on parle d’aménagement, on va forcément exercer un contrôle sur notre milieu. Enfin, c’est ce qu’on nous apprend. Et donc quand on part avec cette idée-là, on ne peut pas protéger l’environnement.
Et du coup, à la fin de mon master, je suis parti faire du woofing. Le woofing c’est quand on va travailler dans des fermes gratuitement. C’était ma place. En stage, le travail ne m’allait pas, la finalité ne m’allait pas, et être dans un bureau ne m’allait pas. Il ne fallait pas y rester. Il ne fallait vraiment pas faire ça. Donc c’était une très bonne idée de ne pas faire ça, je pense. J’ai fait un an de woofing à peu près. Donc j’ai élevé des huîtres en Bretagne, ça c’était marrant. Et en Bretagne du coup j’ai rencontré quelqu’un qui m’a dit : ah tu devrais aller là bas, du côté de Maurs, chez Pierre. Du coup je suis venu. Et après je suis parti faire du pain. C’est là où je me suis dit : je veux faire du pain. Et je savais qu’il y avait un four ici, du blé.
Mes grands-parents sont d’Aurillac, du côté de mon père. J’ai un grand-oncle qui est à Saint-Etienne-de-Maurs. Et moi je venais en vacances à une demi-heure d’ici, quand j’étais petit. Mais ça faisait des années que j’y venais que quelques jours par an. J’ai pas eu beaucoup de contact avec le Cantal, mais j’en avais de moins en moins. Donc c’est vraiment un hasard d’être revenu ici. Quand j’écrivais mon mémoire, c’était très très dur. Parce que j’avais démissionné de mon stage. Bref, j’étais pas payé du coup. Enfin, ils refusaient de verser ma dernière paye. Donc c’était pas une joie d’écrire ce mémoire, j’en avais vraiment marre, je savais que je voulais pas faire ça. Et du coup je l’écrivais de nuit, et vers 5h du matin j’essayais de faire du pain pour me détendre.
Et c’était très dense, et pas très bon. Et du coup je me suis dit, je vais aller chez des paysans boulangers pour... Pour voir comment on fait.
Elliot Maurs
De l’urbanisme au fournil...
" C’est là où je me suis dit, c’est là que je veux faire du pain..."