Peuple et Culture Cantal
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... cinéma d’ici et d’ailleurs ...
Ghysléne et Sylvain Moussages
Des vies toutes tracées ?

Deux parcours parallèles d’amour et d’(art)ifices

Notre histoire a commencé depuis longtemps puisqu’on s’est rencontré en 1982. On habitait à Paris encore. On avait des bons emplois, on travaillait dans des bonnes sociétés. Une vie toute tracée, c’est ce que je veux dire. Au début à l’AFP, après j’ai bossé à Canal+. Et je travaillais la nuit pour pas voir les gens, parce que j’ai toujours été timide et tout ça. J’arrivais dans le bureau, j’étais tout rouge, machin. Et du coup, de par les contacts du lycée, on s’est mis à sniffer de l’héro et ça donnait de la prestance et de la confiance.

Moi j’étais dans l’informatique, on avait créé une boîte avec des copains, c’était les premiers micro-ordinateurs, donc c’était bien. On gagnait bien notre vie. C’est pareil, mais quelque part, je n’étais pas à l’aise non plus. Je rentrais chez moi, j’avais plein de plaques rouges. J’avais la pression, c’était la vie de bureau. Je n’étais pas du tout dans mon élément. Donc le fait d’être avec les copains qui prenaient de la drogue, c’est toujours comme ça. C’est : allez, vas-y, essaie et tout. Donc bon, c’est là qu’on a commencé.
Et c’en est arrivé à un moment où on ne pouvait plus supporter tout ça, malgré notre situation professionnelle qui était vraiment... On n’en pouvait plus. Donc à un moment donné, on s’est dit qu’il faut absolument qu’on arrête, qu’on sorte de ce circuit parce qu’on était complètement pris dedans. Dés le lycée, on est un peu tombé dans la marmite. Des jeunes fumaient des pétards, machin. Après au lycée forcément on rencontre les mêmes gens dans ce genre-là et puis après ça se...
Ça se cumule quoi, tout le monde s’éclate et puis c’est bien au début, il n’y a pas de problème quoi. Après ça devient compliqué plus par rapport au travail, où ça interfère dans le travail, où il en faut le matin pour aller bosser. Là ça devient plus compliqué parce qu’on passe tout le fric dedans et tout le temps.
Puis le travail en fait, au bout d’un moment, on s’aperçoit qu’on se défonce pour aller bosser, pour s’insérer, pour être normal et que ça ne sert plus à grand chose quoi.
Oui, ça devient une forme de normalité alors qu’on... On n’est pas du tout... L’idée, c’est de... L’idée, c’est de... Voilà. Et là, on était obligés... Voilà. Et on était obligés, finalement, de prendre cette drogue pour faire partie de la société, pour être inclus, pour pouvoir parler, pour pouvoir avoir une vie sociale, sociable.
Comme tous les ouvriers qui prennent de la coke pour tenir. Oui, voilà. C’est un peu ça. Oui, c’est un peu ça. Mais en fait, on profitait quand même de... Des nuits et... En fait, on ne se plaint pas tant que ça parce que c’était pas mal de se défoncer en réalité. Il ne faut pas dire que ce n’était que pas bien. Parce qu’une fois qu’on a été sortis de notre boulot, on grugeait ce qu’on pouvait comme heure pour se faire payer mieux.
Après, on s’éclatait bien quand on rentrait à la maison. On était tous les deux, on parlait bien et tout. Donc, ce n’est pas non plus que négatif.
Ça nous a construit. Notre couple s’est construit grâce à ça. Enfin, grâce. En partie aussi, ça nous a ouvert l’esprit. Parce qu’il faut dire qu’on était vraiment très coincés. Très coincés, très catholiques, très ceci, enfin ce qui me concerne.
Moi j’ai été élevée quand même dans une ambiance très éducation tradi quand même. Mais en même temps, on en a profité de partir au Mexique. Le papa de Sylvain habite à Mexico. On est partis trois à quatre fois, enfin pas mal de temps. Et c’est en revenant de ces différents voyages qu’à un moment donné on s’est dit : il faut qu’on parte. Il faut qu’on parte, on ne peut pas rester là à Paris tout le temps, toute notre vie. C’était vraiment primordial quoi en fait.
Ça s’est passé que je prenais trois boîtes de néocodium par jour pour aller bosser et puis qu’au bout d’un moment, il y a eu un jour où je me suis dit là... Je ne peux plus parce que j’allais exploser. C’était trop. J’ai écrit une lettre à Ghislaine une nuit et puis le lendemain matin, elle l’a lu.
Là, on a tout plaqué. On s’est dit, ouais, c’est... Faut qu’on arrête quoi.