C’est au moment où je suis devenu père, en 1987, ça a été pour moi un vrai problème, intellectuel, émotionnel, donc très difficile, et j’ai voulu trouver de l’aide. On m’a indiqué quelqu’un qui pouvait m’aider... Un religieux. Je n’ai pas de pratique religieuse particulière. Je n’ai pas d’à priori, mais je n’ai pas vraiment cette approche. Je baigne évidemment dans ce monde chrétien, donc j’avais quand même quelques codes. J’y vais et c’était un monsieur assez extraordinaire. Et pour tout vous dire, la première fois que je suis allé, j’y allais avant le travail. J’avais une heure de route, donc j’avais rendez-vous à 7 heures du matin. J’avais une heure de route pour y aller.
Et je me souviens, il m’attendait à l’accueil, et c’était encore la nuit parce que c’était au mois de novembre, et c’était un grand monsieur, habillé tout en noir, avec une atmosphère très brumeuse, qui m’attendait, et ça a été le premier entretien que j’ai eu avec lui. Et j’ai appris qu’en fait, il était moine thérapeute. Et donc, je me disais : allez, en deux coups de cuillère à pot, on va discuter un peu et il va me dire, mais monsieur, machin, tout va bien.
Et la thérapie avec lui a duré plus de dix ans.
Et je l’ai revu très, très fréquemment, pratiquement jusqu’à la fin de sa vie, il est décédé il y a cinq ou six ans. Voilà, donc tout ça pour dire que sans ce jeu de rencontre, je n’aurais jamais eu idée d’aller choisir un moine. Et puis, a priori, peut-être encore moins un thérapeute. Mais l’association des deux a été, pour moi, ça a vraiment donné beaucoup de sens à ma vie. Et cette personne a été extrêmement importante dans mon cheminement.
Ce n’était pas une psychanalyse. Quand je dis une thérapie, en fait, c’était surtout quelqu’un qui était à l’écoute et qui, par le biais de reformulations, et puis on faisait beaucoup, enfin beaucoup, j’ai fait pas mal d’activités de groupe. C’est-à-dire qu’on était en fait à plusieurs, c’était une espèce de thérapie de groupe, également avec quelques exercices, etc. Mais donc, on ne peut pas dire de la psychanalyse. C’était vraiment une approche analytique. Comme je ne connais pas trop ce milieu, je ne vais pas faire de référence à Lacan, Freud, etc. Peu importe, c’était une thérapie d’écoute. Il appelait ça... Pour tout vous dire, la logo cinétique... Donc vous voyez, déjà, il faut du temps pour comprendre. En fait, la logo cinétique, c’est la parole en mouvement. C’est-à-dire que, d’après lui, c’est la parole nous aide à mieux nous comprendre, à mieux nous connaître. Et lui, il est là un petit peu pour tirer un peu sur les fils. Et il avait toujours la bonne question. Une fois que j’avais parlé dix minutes, j’avais l’impression d’avoir fait le tour de ma life. Mais lui, il me disait : et ceci ? Et ça ? C’est comme s’il ouvrait la porte et le gaz s’échappait et on était parti pour le temps de l’intervention.
Mon inquiétude ? C’était plus qu’une incertitude, mon inquiétude. En fait, c’est aussi lié à mon histoire perso avec ma famille. Cette situation, je pressentais qu’elle allait être difficile.
Avec la mère de mes enfants, on a fait un accouchement à domicile, on était partis dans un truc. Sauf que quand j’ai pris ce bébé dans les bras, j’ai l’impression que toute mon histoire rejaillissait fortement. Et je me suis dit, je ne vais pas y arriver. Je ne vais pas y arriver. Et suite à ça, c’est comme ça que j’ai essayé de chercher quelqu’un, etc. C’est bien simple pour vous dire, mes enfants, pour moi, le palliatif que j’ai trouvé, j’ai jamais...
J’ai eu beaucoup de difficultés avec le mot papa, donc il m’appelle par mon prénom, ça a été mon moyen de... Et puis même si maintenant les choses rechangent, mais pendant toute... Alors au début ça faisait bien, ça faisait dans le vent, appeler ses parents par les prénoms, c’était très très à la mode.
Maintenant, le temps a passé et les choses se recalent différemment.
Gilles Maurs
La paternité et le moine thérapeute
"Non, on ne peut pas dire de la psychanalyse..."