Je me souviens, voilà un souvenir de quand j’étais ado. À ce moment-là, dans les fermes, la mécanisation arrivait et il y avait donc toute la mécanique qui arrivait.
Il y avait des marchands de machines agricoles qui s’étaient installés. Et qui étaient... Alors à cette époque-là, ce n’était pas comme aujourd’hui. On ne fait pas faire des devis. Ils venaient vous voir. De préférence le soir parce que dans les fermes, à ce moment-là, on ne perdait pas notre temps. Mais par contre, le soir, c’était très long.
Et souvent, avec certains, il fallait ou acheter ou on savait qu’on allait passer toute la nuit avec. Voilà. Ils se relayaient, il y en a eu plusieurs à passer, une fois l’un, une fois l’autre. Un soir, il y en a un qui a passé toute une soirée jusqu’à minuit, minuit et demi. Et au moment de repartir, mon père l’a ramené à sa voiture. Il arrive à la voiture, il n’y avait pas de lampe ni rien, et puis tout d’un coup, il sent quelque chose qui se passait, qu’il ne comprenait pas. Alors il va chercher une lampe, ils éclairent et ils s’aperçoivent que la voiture est couverte de genets. Mais alors entièrement couverte. C’était certainement la concurrence qui était passée. Et le lendemain matin, tout d’un coup, M. B, pour ne pas citer, arrive, avec un grand sourire. Et il dit : t’as fait affaire ? Non, mon père lui dit : non, pas du tout. Alors il lui dit, c’est toi qui a travaillé la nuit dernière ? Alors il lui dit, non, non, c’est pas moi. Mais il en avait vu d’autres travailler. Parce qu’il était passé aussi. Voilà une histoire.
Et souvent, à ce moment-là, c’étaient des longues veillées qu’on passait. On parlait d’autres choses aussi, mais il fallait toujours, voilà, c’était plus comme aujourd’hui où on va chez le mécano, on fait faire un devis, on va voir un autre, tout ça, et puis sur là, voilà. Non, non, là c’était un peu la foire d’empoigne entre eux. Entre commerciaux de différents constructeurs. Voilà, mais ils se connaissaient tous. Et puis c’était bon enfant, quoi. Ils montraient le matériel. Ils expliquaient surtout. Et puis c’étaient des bons vendeurs, donc, parce qu’il fallait quand même le faire, puisque c’était souvent toutes les nuits, quoi. Mais voilà, c’était au moment où vraiment les gens avaient le temps et où le matériel agricole arrivait. Donc voilà, c’est une différence. Pendant les fenaisons, un peu moins, mais c’était surtout au printemps ou à l’automne ou l’hiver, parce que c’était un peu le système des veillées là aussi, finalement. Ils profitaient de ce temps où les gens étaient plus libres. Parce que souvent dans les fermes, la journée, c’était plutôt le travail et les gens étaient moins disponibles. Voilà.
Jean Marc Drugeac
La lutte des commerciaux
"Il fallait soit acheter, soit on avait pour toute la nuit..."