Peuple et Culture Cantal
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Juliette Pleaux
Mon intégration chez les cousins

Comment j’ai appris à conduire le tracteur...

J’habite à Saint-Christophe-les-Gorges, dans le Cantal. Je vais vous raconter ma première venue dans le Cantal. Donc j’étais ado à l’époque, je devais avoir 13-14 ans. Et j’ai ma famille qui avait une maison à Fageolles du Vigan. Et à l’époque j’habitais à Paris avec mes parents. Et mes parents travaillant l’été, ils m’envoyaient à Fageolles. Ce n’était pas mon lieu préféré, je ne vous cache pas. Je me disais : mais qu’est-ce que je vais aller foutre dans ce bled ?
Et en fait, j’ai vécu la phase d’intégration, une espèce de bizutage local, parce que je me suis retrouvée avec des cousins qui avaient à peu près le même âge que moi. J’ai découvert que j’avais trois, quatre cousins de la même tranche d’âge. Et quand je suis arrivée, ils étaient dans une petite maison, donc je ne pouvais pas loger dans le bâtiment en dur.
Donc du coup, on m’a mis une petite tente dans le jardin. Heureusement, c’était l’été. Donc là, j’ai découvert que dans le Cantal, à l’époque, et encore un peu maintenant, il faisait très chaud au mois d’août. Par contre, la nuit... Il fait froid. Et donc quand on est dans une tente, j’ai découvert le climat continental en venant dans le Cantal. A savoir que je me gelais toutes les nuits. Je ne comprenais pas, ce n’est pas le cas à Paris. On n’a pas un différentiel aussi fort entre la nuit et le jour. Bon, ça, c’était le premier élément. Donc, assez rapidement, j’ai compris que même l’été, il fallait avoir des couvertures dans le cantal au mois d’août. Donc, je me rappelle de cette expérience.
Et la deuxième expérience, c’est que mes cousins... Dans cette phase d’intégration et de bizutage, ils me faisaient tous les coups pendables pour que je comprenne effectivement comment ça fonctionnait, pour me montrer si je pouvais revenir l’été suivant. Et la première expérience qu’ils m’ont fait vivre... Donc j’étais dans ma petite tente là, frigorifiée, mais, ce coup-ci j’avais des couvertures. Et je me souviens, la tente s’est mise à bouger dans tous les sens. J’ai vraiment eu peur quoi. Et avec des ombres énormes.
Donc je me suis dit : mais qu’est-ce qui est en train de se passer ? Donc j’ai réussi à ouvrir ma tente, et là j’étais entourée de vaches. Et en fait, mes cousins, ce qu’ils avaient fait, c’est qu’ils avaient mis du sel sur le toit de la tente. Je me suis mise à crier. Et elles partaient pas. C’est-à-dire qu’il a fallu, je crois, maintenant je l’explique comme ça, je pense qu’il a fallu que j’attende, qu’elles aient tout léché le sel du toit de la tente pour pouvoir enfin me lever et aller prendre mon petit déjeuner dans la maison. Voilà. Première phase d’intégration.
Alors la seconde... La seconde phase, ça a été le fait de faner. C’est-à-dire de récupérer le foin, puisque j’y allais au mois d’août. Donc à l’époque, on fanait. Maintenant, ils fanent de plus en plus tôt. Mais à l’époque, ils fanaient au mois d’août.
Et c’était encore les vieux tracteurs. Et puis derrière, il y avait une charrette. Et à l’époque, c’était des bottes de foin qui étaient dans des ficelles. Et le gros du boulot, c’était d’arriver avec des fourches à mettre les bottes de foin, qui ne tenaient pas très bien, elles étaient donc à l’époque rectangulaires et il fallait arriver à les mettre sur la charrette derrière. Donc au mois d’août à 35 degrés, là je me suis dit, ils ne vont pas me faire le coup pendant un mois. Donc là je me suis débrouillée pour apprendre à conduire le tracteur.
Parce que j’avais pigé, même si ce n’était pas une place de fille à l’époque, j’avais compris que c’était quand même beaucoup plus confortable de conduire ce foutu berliet que de s’enquiquiner à lever les bottes de foin et à faire en sorte aussi à les mettre correctement sur la remorque. Donc j’étais très fière. Et ce que j’aimais bien, c’est que du coup, comme j’avais le droit et que j’avais appris à conduire le tracteur, quand on allait au bal du 15 août sur la place de Mauriac, à l’époque où il y avait beaucoup de monde devant la cathédrale, enfin la cathédrale, la basilique, et bien du coup, c’était un vrai plaisir, j’avais le droit d’emmener tout le monde, de conduire la nuit. Avec tout le monde derrière pour aller danser, effectivement. Donc on partait tous. Et j’étais fière de conduire ce foutu tracteur, d’aller de Fageolles à Mauriac.
Alors je ne me garais pas sur la place quand même. Mais effectivement, c’était vraiment une fierté pour moi d’avoir passé le permis officieux de conductrice de tracteur. Comme parisienne.