J’habite dans le Cantal depuis... combien de temps ? Alors à temps plein, on va dire depuis 6 ans. Alors quelque chose que j’ai découvert, qui m’a assez étonnée depuis que je suis dans ce département, c’est la bourrée. Et en fait, moi, je n’avais jamais dansé la bourrée. Moi, j’étais plutôt rock, rock acrobatique. Et tango, tango argentin, j’aimais beaucoup. Des trucs de couple quoi. On danse en couple, on se rapproche, un truc comme ça. Et puis quand je suis arrivée dans le Cantal, j’ai découvert qu’effectivement, il y avait ce qu’on appelle des bals trad.
Donc je me suis renseignée parce qu’on n’y va pas comme ça dans un bal trad. C’est-à-dire que j’ai fait un peu de réseautage et j’ai découvert qu’il y avait un endroit, à Aurillac, qui est une ferme, quelqu’un qui a une maison, une grange, et qui organise un bal trad une fois par mois, premier vendredi de chaque mois. Donc je suis allée aux infos. Alors ça n’a pas été facile à trouver. Parce que l’endroit, enfin le lieu, il est peut-être beaucoup connu par les gens d’Aurillac, mais moi je ne suis pas d’Aurillac, je suis à une heure de route.
Et je me suis aperçue que c’était de l’informel. Pour pouvoir y aller, il fallait connaître quelqu’un qui était au courant de quel soir ça avait lieu dans le mois. Et aussi de réussir à y arriver dans cette grange. Voilà, donc c’était quand même, c’est quelque chose.
Donc du coup, j’ai découvert cette bourrée trad. Alors on ne danse pas que la bourrée, on danse la mazurka, on danse plein d’autres danses. Mais, et alors un truc de fou, je me suis branchée bourrée. C’est-à-dire que j’ai découvert qu’il y avait pas que la bourrée à deux temps. Il y a la bourrée à trois temps. Et du coup, je me suis dit, je vais faire des stages de bourrée. Alors, je ne vous cache pas que ça fait un peu rigoler.
Et donc, j’ai commencé, je me suis inscrite un été dans un stage de bourrée. Et alors là... J’arrive, j’étais en petite robe, je commence à me faire engueuler par la... C’était en Corrèze.
Un stage en Corrèze. Et donc j’arrive, j’étais un peu en retard, et là la prof elle commence à m’engueuler, elle me dit : mais ça va pas le faire, votre jupe est trop courte ! Et bien j’ai dit : ça commence bien la bourrée. Et voilà, alors elle nous fait tourner sur le pas de bourrée pendant au moins une heure pour s’échauffer dans la grande salle. Et, à, un moment, elle me dit : mais qu’est-ce que t’es en train de danser là ? Mais qu’est-ce que c’est que ce pas de bourrée ? Bon, alors que j’avais quand même déjà un peu pratiqué le bal mensuel, j’avais déjà fait 3-4 soirées, ça a mal démarré ce stage en fait. Et puis elle m’a carrément blacklistée. C’est-à-dire que tout le monde dansait et quand moi je voulais aller me mettre sur la piste de danse, elle me disait : Non, non, mais toi Juliette, plus tard, plus tard. Donc je suis restée en banc de touche. Ça m’a rappelé, vous savez, les soirées tango. On n’a pas de danseurs, c’est un peu con. On paye et on ne danse pas. J’ai failli partir.
Et puis on avait deux musiciens, parce que ce qui est bien dans la bourrée, dans ces danses traditionnelles, c’est que c’est ça aussi que j’ai découvert que j’appréciais, c’est qu’en fait on a les musiciens en live, c’est-à-dire qu’ils sont là. On n’est pas sur des enregistrements, on a les musiciens qui nous accompagnent en permanence. Et ça c’est vrai que c’est pas la même chose que de danser sur quelque chose d’enregistré. Et donc, je me suis rapprochée un peu, parce que je m’emmerdais quoi, donc je me suis un peu rapprochée des musiciens.
Et un soir, c’était le troisième jour, je commençais vraiment, là je me suis dit, moi le quatrième jour, je me barre. Et je me suis rapprochée des musiciens, puis je lui ai dit : écoute, excuse-moi, mais moi je ne comprends pas, qu’est-ce qu’elle a ? Qu’est-ce qu’il a à mon pas ?
Et là, il m’a dit : écoute, Juliette, il faut que je t’explique, c’est qu’il y a deux façons de danser, c’est-à-dire qu’il y a le trad New Age et il y a la danse folklorique. Et là, tu es dans un stage de danse folklorique. Et dans les stages de danse folklorique, les robes sont longues. Et là, j’ai découvert un monde. C’est-à-dire qu’en fait, il y a deux branches. Donc j’ai demandé pour en savoir un peu plus. Donc il y a la branche... Vous savez, quand les gens font une danse folklorique avec le costume en couple, quand il y a les fêtes de village, etc., là, vous ne pouvez pas danser. Vous êtes spectateurs, vous les écoutez. C’est sympa, mais enfin, c’est pas très très gai. En général, la tranche d’âge est assez élevée. Et là, vous regardez, ils sont sur l’estrade. À un bout d’un moment, c’est un peu chiant. En plus, vous pouvez pas danser avec eux. Par contre, ils font des trucs beaux. Mais ça... Et en fait, j’étais dans ce genre de stage, moi. Mais pas du tout dans l’autre truc que je connais,
que je vais un vendredi par mois, parce que je continue à y aller, où là, c’est du New Age. C’est-à-dire que c’est de la danse trad qui en fait est une... On m’a expliqué, parce qu’on m’avait dit le mec, si je m’en souviens bien, c’est qu’en fait c’est une tradition orale. C’est-à-dire que c’est une... C’est à un moment donné, dans les années sûrement 68, il y a eu ce besoin de récupérer les danses qui étaient danses traditionnelles, mais un petit peu de les remanier. Et alors... Donc je me suis aperçu que j’étais New-Age, voilà. Et dans ce type... Alors là, par contre, c’est plus du tout pareil. C’est-à-dire qu’on danse avec qui on veut.
Il n’y a plus la notion de genre. C’est-à-dire que ce n’est pas genré. C’est-à-dire que... Alors au début j’avais un peu de mal, parce que moi je suis une génération, et le fait que je me mette dans l’iel, j’en ai un peu chié au départ. Mais donc, du coup, moi des fois je ne suis pas le mec, je suis une personne, parce qu’on ne dit pas homme ou femme, en New Age aussi, parce qu’il y a des mots, il y a des langages. Donc on ne dit pas, je vais danser avec... Non ! Alors moi je disais : non, on ne dit pas homme ou femme, on dit une personne. Donc deux personnes dansent ensemble. Et donc ça peut être, moi dans mon truc à moi, je dis, je fais l’homme ou je fais la femme. Mais non, c’est pas ça qu’il faut dire. Il faut dire personne. Et surtout, ce qui est génial, c’est qu’il y a toutes les tranches d’âge. C’est-à-dire qu’il y a des gamins, il y a des gens de tous les âges, il y a des mecs qui dansent en robe, il y a des nanas qui sont en pantalon. Je dis ça par rapport à mes cadres de référence. Et franchement, ce que j’adore, c’est qu’au moins ça sourit. Les gens, c’est incroyable. Une fois que je regarde les autres danser, il y a une ambiance, il y a du sourire.
On parle facilement les uns avec les autres. Il y a vraiment quelque chose qui n’est pas du tout le figé de la danse folklorique. Mais c’est pas fini mon histoire. Parce que j’ai quand même voulu tenter l’expérience de la danse folklorique.
Donc, il y a deux ans, je me suis mis à la Sagranière à Salers Oui, oui, oui, madame. Et à la Sagranière à Salers, je me rappellerai toujours le président de la Sagranière, qui est un petit monsieur qui est charmant. qui était très content que je vienne parce qu’en fait ils ont un problème de renouvellement. Donc moi j’étais jeune, je ne sais pas si vous voyez le truc. Donc moi en fait, j’étais la jeunesse, j’étais la junior du groupe de la Sagranière. Mais en fait c’est très agréable parce que là vous faites une cure de jouvence, il n’y a pas besoin d’aller chez un esthéticien ou autre. Alors il m’a dit : écoute Juliette, Juliette, il me dit c’est bien, mais elle me dit par contre il faut qu’on trouve un danseur. Et bien oui. Parce que dans le folklorique, il faut un danseur. Et puis c’est un homme, ça ne peut pas être une femme. Bon, je dis ok. Voilà, voilà. Et ils ont commencé à me chercher un danseur. Et là... On n’a pas le choix. Donc je me suis dit, qu’est-ce que c’est que ce plan ? Et après il a eu un deuxième argument que j’ai trouvé adorable. Il m’a dit : Juliette, il faut que tu patientes, mais un jour tu vas avoir une belle robe. Et là j’ai posé la question, j’ai dit, mais elle viendra d’où ? Ah mais il va falloir que tu te la fasses. Ah bah j’ai alors l’air... on va s’arrêter tout de suite, parce que moi je suis pas couturière pour un haut, donc je crois que ça va pas le faire.
Donc j’ai fait huit mois à Salers, et j’ai passé vraiment des bons moments. Mais dès qu’est arrivé l’été, où ils ont commencé à m’appeler pour venir faire les bals sur tous les foires, vous savez les marchés de pays, on a des marchés de pays dans tous les villages du Cantal, enfin dans le coin où je suis, puisque je suis proche de Salers. Ah j’ai dit : non, non, je le vois pas le truc. D’abord j’ai pas de robe. Le danseur qu’on m’a choisi, il ne me plaît pas. Donc, on va arrêter.
Juliette Salers
Les deux écoles de bourrée auvergnate
"Il n’y a pas que la bourrée à deux temps, il y a la bourrée à trois temps..."