Peuple et Culture Cantal
Slogan du site

Projection de documentaires, ici, là-bas ...

... cinéma d’ici et d’ailleurs ...
Melodie Maurs
la charrette à bras

" Et en fait, on a commencé une histoire d’amour..."

Je connaissais déjà Pierre parce qu’on se voyait dans les bals. Je ne sais pas si vous connaissez les bals trad. C’est très connu ici, en fait, les gens dansent beaucoup. Et on s’est croisés dans des bals et je sais que Pierre voulait installer quelqu’un dans sa ferme. C’était une volonté qu’il avait, il ne l’avait jamais fait encore.
Mais voilà, il avait 30 hectares autour de la ferme et il était tout seul et lui vivait avec ses vaches. Il n’avait pas besoin en fait de s’étaler. Mais il pouvait mettre à disposition des terrains. Du coup, de là, moi j’ai fait un BPREA dans les plantes médicinales à Nyons.
Et avec ce projet de m’installer en plante médicinale chez Pierre. Donc c’était chouette parce que, pendant mon BPREA, j’avais déjà tout simulé sur sa ferme. Et comme il m’avait laissé carte blanche, j’avais utilisé la grange, je mettais un alambic, j’avais mes plantes, voilà. Pendant le BPREA, j’ai planté des rosiers ici, des roses de provins. D’une amie du Lot qui m’avait légué 200 roses de Provins, 200 plants. Donc on a planté ça et c’était ma première culture.
Et pendant que je plantais mes roses de Provins, il y avait un jeune qui était venu ici refaire la charpente de la grange. Il s’appelait Jérôme. Et on s’est rencontrés. Et en fait, on a commencé une histoire d’amour. Lui, il restaurait la charpente. Et moi, je venais planter mes rosiers. Et du coup, on s’est vu comme ça. Voilà, on se côtoyait. Et une fois que j’ai passé mon BPREA, j’ai eu une petite affection pour le maraîchage, qui, au départ, n’était pas mon projet. Je voulais m’installer en plante médicinale. Mais après ces neuf mois de maraîchage dans ce jardin de cocagne, j’ai demandé à Pierre, j’ai dit : en fait, je vais changer mon projet, je vais faire du maraîchage chez toi. Du coup, je suis venue m’installer là. Et Jérôme, finalement, lui, il n’était plus avec sa copine, moi plus avec mon copain.
On s’est retrouvés et on s’est installés tous les deux ici. C’était une belle histoire. Du coup on s’est installé ici. Lui il était artisan charpentier et il faisait des petits objets en bois. Donc il avait son atelier dans la grange. Il a commencé à faire des lampes, il récupérait des souches de châtaigniers et tout ça. Il a commencé à construire. Et très vite, on a fait des marchés en commun où lui, il vendait ses objets en bois et moi, du coup, ma transfo, mes bocaux et mes légumes. Il m’a aidée à m’installer. En fait, on travaillait un peu tous les deux avec Jérôme. Et les deux premières années, on habitait au Buyssou. Et puis après, on a pris une maison à Maurs. Et les premiers marchés, je raconte cette anecdote parce qu’on avait rencontré M. V, qui était élu à la communauté de communes. Et son papa avait une charrette de maraîcher pépiniériste. Il y a peut-être 40 ans de ça, il venait avec cette charrette. Une charrette à main.
Et ce monsieur me dit : si tu veux, j’ai encore la charrette de mon papa, je te la donne. Et du coup, moi, pendant 7 ans, j’ai vendu mes légumes à Maurs avec cette charrette que je laissais dans une grange d’une amie à Maurs. Et tous les jeudis matins, j’allais chercher ma charrette que je transportais dans le village pour aller me poster là où je vendais mes légumes et après, on avait fait un petit système où on avait une table en plus, je me rappelle qu’il y avait pas mal de producteurs à côté qui me disaient : mais Mélodie tu peux pas continuer comme ça, ça prend trop de temps, le temps que tu t’installes et tout. Mais moi j’ai adoré et du coup c’était mon stand. Cette charrette est chez moi maintenant, mais ça a été mon stand pendant 7 ans. C’est une belle histoire. Et c’est vrai qu’on mettait beaucoup de temps. Et quand on a commencé notre premier jardin, on avait même la balance romaine de la maman de Pierre, qui n’était pas vraiment aux normes.
Et on avait toute une installation où Jérôme avait fait des panneaux à la défonceuse avec écrit « petit pois », « blette ». Donc en fait, on mettait peut-être une demi-heure à s’installer. C’était très poétique, mais c’est vrai qu’avec le temps, on s’est dit que ce n’était peut-être pas hyper au top de mettre une heure pour s’installer sur un marché avant de vendre ses légumes.
Donc on a arrêté ça. Et après, j’avais juste des belles cagettes faites par des copains en osier et tout. Et je mettais mes prix. Enfin voilà, c’était un peu plus commode. C’était quand même une belle histoire.