Je suis, je dois être au cours préparatoire deuxième année, cours élémentaire première année, on va dire. Et ma grand-mère meurt au mois de mars. Et donc voilà, moi j’étais à l’école déjà depuis trois ans. On avait des instituteurs comme beaucoup en campagne quand même. C’est-à-dire que c’étaient des gens un peu violents, en tout cas ceux qu’il y avait à Roumégoux. Ce n’était pas tendre-tendre, il y avait le tirage des oreilles, le tirage de ceci, de cela.
Et les trois premières années, j’ai eu des difficultés à l’école, j’avais des difficultés pour lire, entre autres les consonnes redoublées genre « pleu » ou « preu ».
Alors ça, je n’y arrivais pas, ça faisait « pureu », ah non, ça ne le fait pas. Bon, j’avais pas mal de difficultés, des difficultés aussi en calcul, bon bref. Voilà, le cancre un peu. Et donc est arrivée cette histoire de la grand-mère qui est morte.
Et donc cette institutrice qu’on appelait la dame, il y avait le monsieur et la dame. Donc elle c’était la dame qui faisait les petites classes. Et donc quand il y a eu l’enterrement de la grand-mère, elle est venue en tout cas assister à l’enterrement. J’étais complètement estomaqué quand même, puisqu’elle est venue me faire une bise, tu vois, en condoléance et tout ça, quoi. Et puis après, j’ai eu l’état de grâce quand même qui a duré peut-être jusqu’au mois de juin. C’est-à-dire que là, je n’ai pas eu droit aux petits sévices quand même. Et voilà, ça s’est passé comme ça. Et puis après, la vie a continué. Et puis c’est beaucoup plus tard que j’ai fait le lien. Ensuite, j’ai été un très bon élève.
Et après, quand je me suis posé la question, j’ai dit, c’est pas possible que c’était en lien avec la mort de la grand-mère. Et je suis sûr que ça a été un déclic dans l’histoire de l’apprentissage. Et aujourd’hui, je ne sais pas encore qu’est-ce que c’est qui a joué dans ma tête d’enfant qui fait que je n’apprenais pas bien dans les premiers temps.
Et comment après j’ai bien appris. Est-ce que... ? Voilà.
Michel Le Rouget
la bise de l’institutrice
" J’ai eu l’état de grâce..."