Peuple et Culture Cantal
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... cinéma d’ici et d’ailleurs ...
Michel Maurs
les vérités d’un jour...

Un parcours dans le monde paysan et ouvrier.

Je suis ancien paysan à la retraite, mais actif quand même, je pense. Je vais être très pragmatique, je vais raconter une histoire vraie, qui n’est pas finie, puisque je la continue.
Donc j’ai toujours vécu sur une très petite ferme. C’est comme ça, on est là où on est. J’ai voulu maintenir à tout prix cette exploitation malgré les différentes crises qu’il y a eu dans le monde agricole.
Et j’ai été peut-être plus fragile que d’autres, donc à un moment donné il a fallu que je me décide à aller travailler ou changer de système. Comme j’ai voulu toujours maintenir la ferme, c’était un bien familial que j’ai été très attaché. Je suis toujours attaché d’ailleurs.
Et donc je suis allé travailler à l’usine, bizarrement. Pour quelqu’un qui avait vécu toute sa vie au grand air et au milieu des vaches. J’ai rencontré un autre troupeau. Donc à 50 ans,
je suis allé travailler à l’usine, mais en plus de mon exploitation. Et puis finalement, malgré mes doutes, ça s’est pas trop trop mal passé. J’étais qu’intérimaire parce que dans cette entreprise, on faisait les 3-8.
Et moi, j’avais négocié mon embauche au départ au niveau de l’entretien en disant que je voulais garder mon exploitation. Donc, j’avais des vaches laitières, je les traisais matin et soir. Donc, je ne pouvais pas faire les 3-8, je ne pouvais pas faire les postes.
Donc, le chef de personnel de l’époque m’a accepté de prendre à l’essai quand même un petit peu, comme ça, en étant sceptique. Donc j’ai essayé de faire mes preuves en travaillant, en étant assidu.
Et puis au bout de 2-3 ans, toujours intérimaire, j’ai dit : vous ne pensez jamais à m’embaucher ? Et voilà la phrase qu’il m’a répondu, que j’ai toujours dans la tête. Il m’a dit : mais je préfère embaucher quelqu’un de 30 ans que quelqu’un de 50 ans.
J’ai dit tant pis, je continuerais à faire de l’intérim tant que je pouvais en faire. Et puis voilà, bon an, mal an, j’ai continué comme ça dans l’entreprise. Le poste que j’occupais m’intéressait plus ou moins, ça me faisait vivre déjà, ça me nourrissait.
Et puis je savais que dans l’entreprise ils cherchaient un poste plus difficile physiquement, qu’ils avaient du mal à garder les gens, et j’ai postulé. À nouveau le directeur m’a dit qu’il ne me voyait pas travailler à ce poste-là parce que déjà j’avais une activité par ailleurs.
Donc comme physiquement c’était difficile et que moi déjà je travaillais, je faisais d’autres heures, sûrement que ça ne marcherait pas. Mais une nouvelle fois il m’a laissé essayer. Et puis j’ai fait mes preuves et là il m’a embauché.
Et puis ça s’est continué comme ça pendant une dizaine d’années. Et puis je suis arrivé à l’âge de la retraite. Et là, je pouvais prendre ma retraite. Mais je voulais continuer de travailler un petit peu, à temps partiel. Et je suis allé revoir le directeur. Et puis je lui ai dit, là je peux prendre la retraite. Je vais sûrement la prendre.
Il m’a dit : c’est bon pour vous. J’y fait ma proposition : est-ce que vous seriez intéressé de me garder à temps partiel ? J’ai le droit de faire des heures. Il m’a dit oui.
Bon, il embauchait pas déjà à 50 ans, mais à 60 ans, finalement, il me prenait. Et là, j’ai rien dit. Et j’ai continué. Donc, depuis, ça fait 3 ans que je suis à la retraite et que je travaille dans l’entreprise, une entreprise qui n’embauchait pas les vieux.
Donc, c’est juste pour dire que les vérités d’un jour ne sont pas celles du lendemain. Donc, ça peut faire. Et d’ailleurs, j’ai une autre petite anecdote qui s’est passée dans le même laps de temps quand j’ai pris ma retraite.
Ma petite ferme, qui n’intéressait personne, parce que moi je n’ai jamais été ce qu’on appelait une ferme d’avenir. On parlait souvent de ça, les fermes de demain, les fermes d’avenir. C’était pas... c’était très petit, oui, j’avais une quinzaine d’hectares. Et donc, comme j’avais prévu ma retraite, je m’entendais très bien avec mon voisin qui était mon cousin, qui avait une petite ferme aussi, un poil plus grande que la mienne, mais qui était en bio, qui vivait des passages difficiles parce que le passage au bio, quand on a une petite structure, c’est compliqué.
J’ai proposé mon exploitation, j’ai dit : mais moi c’est très petit, mais deux petites, ça peut faire un moyen, ça pourra t’arranger, moi je serais très content si tu apprenais. Et il a été d’accord. Donc est arrivé le moment où les choses se sont faites.
Et un jour, ma ferme qui n’était pas une ferme d’avenir, un jour un technicien de la chambre d’agriculture me téléphone. Il se présente, je m’occupe des transmissions d’exploitation.
Et votre exploitation nous intéressait beaucoup. Comment ça ? Oui, parce qu’aujourd’hui, on a besoin de gens qui viennent de l’extérieur pour s’installer.
Et votre exploitation est transmissible. Comment ça, elle est transmissible ? Ben oui, parce qu’elle n’est pas très grande, donc ça fait moins de capital et ça permet à quelqu’un de s’y aller. Et donc j’étais surpris que ma ferme, ma vie n’était pas d’avenir, devienne une ferme d’avenir pour quelqu’un.
Et je lui ai rappelé cette politique agricole que j’ai longtemps combattue, qui a fait qu’on faisait disparaître des gens parce qu’on ne les aidait pas.
Et aujourd’hui, ces grosses fermes qu’on a laissé grossir, grossir, grossir, qu’on a encouragé de grossir, parce qu’on ne les a pas laissé faire, on les a encouragé à grossir. Et moi je ne jette pas la pierre aux gens qui se sont agrandis, c’est qu’à un moment donné, il fallait faire comme ça, parce que sinon on était perdus.
Et bien vous remarquez que ce ne sont plus des fermes d’avenir, parce qu’elles ne sont plus transmissibles. Une nouvelle fois, la vérité d’un jour n’est pas celle du lendemain. En six mois, j’ai eu cette vision du monde ouvrier et du monde paysan.