Peuple et Culture Cantal
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Monique Drugeac
L’institutrice qui m’a tout appris

"Des fois, j’y repense..."

Alors moi, je suis une Auvergnate pure et dure. J’ai été élevée à Anglard de Salers. Mon papa était laitier et la laiterie était à deux pas de l’école. Donc, à l’école, nous avions plutôt intérêt d’être sages, parce que les parents nous voyaient si on était mis à la porte. Et moi, j’étais filoute, je me couchais sur le trottoir et comme ça, ils ne me voyaient pas. On avait une maîtresse comme ils ne s’en fait plus beaucoup. Moi, elle m’a tout appris. La lecture et tout, parce qu’on était à l’école du CP jusqu’au certificat d’études. Et nous, on faisait partie de ceux qui n’étaient pas trop mauvais, on restait le soir parce qu’elle donnait des cours particuliers à ceux qui passaient le certificat d’études.
C’était du boulot, c’était autre chose que maintenant. Les maîtres se plaignent maintenant, mais c’est rien, elle, elle avait 40 élèves. Et moi je me rappelle, j’étais avec mon frère le plus jeune et ma sœur, alors on était tous les trois, j’étais peut-être celle qui était un peu plus espiègle. Et elle m’avait à l’œil, elle me disait « Monique, attention, à la porte ! » Ouh là là, je me disais : encore une connerie. Mon père qui était à la laiterie regardait de temps en temps.
Mais moi, elle m’a tout appris. Des fois, j’y repense. Je me dis que tout ce que je sais, c’est grâce à elle. Et ça... j’ai une émotion forte quand je parle d’elle parce que c’était quelque chose. Elle s’appelait Madame Vidal. Et moi, j’adorais cette femme. Quand je suis rentrée en sixième, on avait un concours et moi, je suis sortie la première du Cantal. Des fois, ma fille me dit : mais maman comment ça se fait que tu sais ça ? Et bien parce que j’étais à l’école et quand on nous racontait quelque chose, j’écoutais. Et puis les maîtres ils étaient quand même plus, je sais pas comment vous dire moi, attentifs aux enfants et puis moi la lecture c’est mon havre de paix. J’adore la lecture, tous les livres que j’ai lus, pas n’importe lesquels bien sûr, mais j’aime ça. Et c’est grâce à elle, je pense, que j’ai appris tout ça.
J’aurais voulu être cuisinière ou travailler dans un hôtel, être gouvernante ou quelque chose comme ça, bon, ça n’a pas marché. Et donc je suis allée avec mon père à la ferme après parce qu’il était fermier. Et puis voilà, voilà ma vie. J’ai fait ma vie de femme de ménage. J’ai élevé deux enfants et mon mari est décédé à 52 ans.