Peuple et Culture Cantal
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... cinéma d’ici et d’ailleurs ...
Philippe Mauriac
Obéir ?

le grand père qui se rêvait hussard dans son pavillon...

Quand j’étais petit, il avait un catalogue, on va dire, style avec des images, style images panini ou images que tu trouves dans le chocolat, qui représentaient les grenadiers, enfin toute l’armée de Napoléon, etc., qu’on collait.
Et donc, quand j’étais gamin, je sais que le grand-père a fait la guerre, je crois la guerre des Dardanelles, il a des trucs où il a rédigé des textes quand il se faisait poursuivre, des trucs qui se passaient en Orient, une guerre lointaine, loin de la France, et cette passion pour l’épopée napoléonienne qu’il avait. Les hussards qui chargent... La tante et lui, comme ils rêvaient d’épopées glorieuses et militaires, et qu’ils collectionnaient ces espèces de sabres d’infanterie et de trucs, ils ont des trucs qui aurait pu être dans un château. Mais là, c’était dans un petit pavillon...
Alors ça, je ne l’ai pas développé, mais c’est intéressant. Tu vois, comme la chanson de Souchon, cette vie-là, tu vois, quand tu avais 20 ans, tu rêvais d’autre chose, mais maintenant tu te retrouves dans un petit pavillon, etc. Et c’est peut-être ça, les aspirations du grand-père, à ce moment-là, c’est intéressant, sa vie rêvée. Il était petit. Il était un Auvergnat. Auvergnat, avec une histoire, je crois. Monté à Paris chez les Bougnats pour servir dans un bistrot comme énormément d’Auvergnat où tu avais les têtes de pont qui étaient à Paris et on envoyait les jeunes en disant : tiens, va faire ta formation. Et puis une enfance assez difficile je crois, des parents au niveau affectif très très pingres, donc une enfance très très rude et je crois que pour échapper à ça il a dû s’engager et partir à l’armée
Et donc, toute l’histoire du grand-père pourrait rentrer là-dedans. C’est Cent Ans de Solitude. C’est tout ce truc-là. Et cet exotisme-là, et le ramener après dans la cour de ce pavillon avec le côté trivial, comme si c’était peut-être, je ne sais pas, la transposition ou le symbole d’un barbare, au moment de la mort du grand-père. Durant la guerre, c’est un survivant, je crois que dans son bataillon, ils sont trois à être revenus. C’est le survivant, oui. Mais il a été aussi, chose intéressante, il a été dégradé.
Parce qu’il a partagé son quart. Avec un de ces hommes, il était chef de peloton, je ne sais pas quoi. Et il a été jugé pour ça. Il y a un truc où il avait ramassé une médaille au combat et lui a enlevé sa médaille. Donc il était très aigri quand même, le grand-père, par rapport à ça. Une histoire de quart partagé et il s’est opposé à un supérieur. Un rapport de force hiérarchique dans lequel il a perdu. Il était sergent, il a été dégradé, il est revenu simple soldat. C’est comme ça qu’il le raconte et que la saga familiale me l’a transmise. C’est comme ça que moi je l’ai reçu.
Et peut-être que le fait qu’il ait été... Ouvrier qui se sentait dégradé en termes de classe sociale... Et humainement. Non reconnus. Avec ses rêves napoléoniens hyper classiques : la charte, la bataille, les cuirassés, debout, on y va. Le panache.