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Pierre Maurs
Un conte mythologique et familial

Je vais essayer de ne pas trop massacrer le conte de Philemon et Baucis que j’aime beaucoup, qui est un conte de la mythologie grecque que je trouve sympa parce qu’il est...
Je le trouve chouette quoi. Et donc en deux mots, c’est un couple de petits vieux, Philemon et Baucis, qui sont tout mignons. Déjà ils s’aiment tous les deux, ils sont tout cool. Et ils accueillent en plus, ils ne pensent pas qu’à eux, ils accueillent du monde chez eux.
Enfin ils sont cool avec tous les gens qu’ils voient en fait. Donc ils sont vraiment très sympas et leur réputation de couple très sympathique remonte jusqu’aux oreilles de quelques dieux de l’Olympe qui s’ennuient un peu. Et donc il y en a deux qui se mettent en discussion sur le cas de Philemon et Baucis. Il y en a un qui est intimement persuadé qu’ils sont vraiment sympas et l’autre qui se dit quand même que si on les met un petit peu... Le dos au mur, en mettant un peu du challenge, c’est pas certain qu’ils restent aussi accueillants et sympathiques que la légende le dit. Donc les deux ils prennent un pari, je ne sais plus ce que c’est exactement, et celui qui est un peu joueur là, il descend, il se déguise en mendiant vraiment mais horrible, avec plein de bubons partout, monstrueux quoi. Il vient gratter à la porte des petits vieux en pleine nuit, en rotant, enfin en tapant sur... Bref, le mec est vraiment pas sortable.
Et les petits vieux, ils arrivent, ils ouvrent la porte, ils disent : oh là là, bonjour, tout ça, mais qu’est-ce qui vous arrive ? Venez, rentrez vite, et tout, donc ils le mettent au chaud, ils le mettent au coin du feu, ils lui lavent les pieds, ils lui changent les habits, ils lui proposent vite un super repas, enfin, ils font tout bien pour lui. Et le gars, il rote, il pète, enfin, il fait tout ce qu’il peut pour les blaser. Et rien n’y fait, les autres ils restent imperturbablement sympas quoi. Donc ça dure un certain temps, le crash test, et à la fin le dieu, il pète les plombs quoi, il dit : bon bah, ils sont vraiment comme ça...
Donc il enlève ses oripeaux de mec horrible et il se retransforme en super dieu lumineux tout ça. Et il leur dit : vous êtes trop balèze, écoutez je suis le dieu machin. Et comme vous êtes vraiment visiblement très sympathique, en échange, je vous propose d’exprimer un vœu et je vous l’exauce. Et les deux se regardent avec un petit sourire. Ils ont à peu près la même pensée au même moment. Donc ils se retournent tous les deux vers le Dieu en disant : c’est super gentil, mais en fait on est comblés. On n’a vraiment besoin de rien. Merci. Merci.
Et là, le dieu, il comprend pas. Il dit : mais je rêve ! On ne l’a jamais faite, celle là. Mais vous n’y pensez même pas, quoi. Vous parlez mais vous savez pas à qui vous parlez. Vous ne pouvez pas m’énerver plus, quoi. Donc il dit, vous allez m’exprimer un vœu, et sinon, ça va chier, quoi. Et donc là, les deux petits vieux, ils re-réfléchissent et tout. Et là, au même moment, ils ont aussi une petite étoile dans les yeux tous les deux avec un petit sourire, et ils se retournent tous les deux encore vers le dieu en disant : oui, alors effectivement, à la réflexion, la seule chose qui nous embêterait, c’est si l’un de nous deux disparaissait avant l’autre, parce que ça serait vraiment, on sait que ça serait dur pour l’autre qui resterait. Et on aimerait bien du coup, le top, ça serait qu’on puisse s’endormir tous les deux ensemble le jour fatidique. Et alors là, le dieu, il est tout ému, il verse sa petite larme et tout. Il dit : « Ah, c’est trop mignon, on ne l’avait jamais faite non plus, celle-là, c’est trop beau ». Et donc il dit « Bah, vous êtes trop mignon. » « Bah écoutez, pas de problème. » Donc il leur laisse son 06 et il repart dans le royaume des dieux. Il dit « Quand vous en avez marre, vous m’appelez. » Donc les jours, les années passent. À cette époque-là, ils vivaient très vieux, visiblement. Donc ils arrivent à 300 et quelques années.
Et bon là ils ressentent quand même une petite fatigue, ils disent : bon quand même on a bien profité de la vie, c’est cool. Ils sont tout le temps, ils sont toujours aussi amoureux, bienveillants et tout. Ils se rappellent qu’ils avaient eu ce souhait avec leur pote dieu.
Ils ressortent le numéro, ils appellent le gars et ils s’endorment tous les deux dans leur petit lit. Le dieu arrive et leur répand une petite poudre de perlimperpin sur les yeux. Il bascule de l’autre côté et la légende se termine en disant qu’à l’endroit où ils sont inhumés, il sort un rosier d’un côté et un olivier de l’autre qui s’enlacent. De façon très langoureuse, voilà, pour les siècles.
C’est vraiment une belle histoire qui m’a toujours plu et que j’ai eu un jour l’idée saugrenue de raconter à mes parents qui ont eu une vie... Quand j’étais petit, c’était pas toujours d’un calme olympien, la relation. Il y avait quand même, voilà, ça pouvait être un petit peu plus qu’orageux, il y avait de la foudre. Mais sur leur vieux jour, il y a toujours eu beaucoup d’amour entre eux. Mais voilà, c’était plus ou moins orageux. Et à la fin de leur vie, enfin à la fin de la vie de mon père en tout cas... Quand ils avaient 80 ans à peu près, c’était vraiment tout apaisé, tout mignon et tout, tout cool, et vraiment plein d’amour et de bienveillance. Ils allaient danser encore tous les deux. À 80 balais... À 83 ans, mon père sortait encore dans les bals musettes du coin, où les boîtes, il allait dans les boîtes de nuit, transformées en bals musettes la journée, ou thé dansant. Il partait avec ma maman en disant « Allez, je sors avec ma copine, il faut en profiter tant qu’on est jeune. ». Et donc je leur raconte un jour cette histoire de Philemon et Baucis. Donc ils écoutent ça, tous les deux, côte à côte, en souriant et tout. Et je leur explique tout ça, quand le dieu arrive et qu’il leur demande de faire un vœu et tout. Et là, tout d’un coup, je m’arrête. Et je me dis, en fait, je ne vais pas finir, je ne vais pas finir l’histoire, je vais faire le test. Je leur dis : alors, et vous, si le Dieu est arrivé et qu’il vous demande de quoi, quel serait votre souhait, qu’est-ce que vous répondriez ?
Et donc, mes parents se regardent en souriant. Et je pense qu’ils pensent à peu près la même chose au même moment. Ils se retournent vers moi en disant, franchement, on est bien, on a besoin de rien. Je dis : ah ouais, tiens, bon, ok. Et je dis : bah ouais, mais là, vous êtes vraiment obligés de dire un vœu. C’est sympa, mais il faut vraiment dire quelque chose. Alors, ils se re-regardent tous les deux, ils ont un petit sourire. En même temps, et je ne sais plus lequel dit, mais on voit qu’ils se sont connectés, et ils disent qu’en fait, s’ils avaient un souhait à exprimer, ça serait que de partir ensemble, parce que ça pourrait être plus triste pour celui qui reste.
Et après, je leur ai raconté la fin de Philemon et Baucis, et donc on a bien rigolé. Et c’était vraiment un beau moment.