En l’année 1969, mon père nous annonce : il a touché un petit héritage et il nous annonce qu’il a acheté une ferme. Dans l’Aveyron, ça s’appelait Fressinnoux, à côté d’Arvieux. Et nous voilà partis, ils décident de nous y emmener. Et j’ai donc six ans.
Et on arrive là-bas, donc la petite parisienne, la petite banlieusarde qui arrive là-bas. La maison est en un état déplorable. Le plancher est cassé, il y a les os de jambon qui pendent au plafond, il n’y a pas d’eau, il n’y a pas d’électricité.
Et ma grand-mère qui était avec nous repart séance tenante et nous attend dans la voiture avec son sac sur les genoux en disant : son gendre est fou.
Et donc on repart parce que c’était pas le moment ; on repart et il s’est mis dans la tête de retaper cette petite maison. Alors vite ils refont le plancher et là commence une nouvelle vie qui fait ce que je suis aujourd’hui. On y allait tout le temps. On y était toutes les vacances. Mes grands-parents venaient avec nous et on restait pendant plusieurs mois, tout l’été, tout ça. Et j’ai des souvenirs. Par exemple, je vais vous dire, le premier pique-nique : alors il y avait les paysans, ils avaient des garçons et nous, on n’était que des filles.
Parce que mon père et ma mère étaient mariés avec deux frères et sœurs. Donc du coup, mes cousins étaient plus que germain, je ne sais pas, ça n’a pas de nom, mais mes grands-parents étaient les mêmes. Donc on était six enfants, quatre parents et deux grands-parents communs. Donc on appelait ça le clan.
Et on passait tout notre temps. Alors si ce n’était pas ma tante, c’était ma grand-mère. Et donc les fils des paysans étaient bien contents de voir arriver ces petites Parisiennes avec ce qu’on connaissait et eux ce qu’ils connaissaient. Et le premier pique-nique, alors on a appris à attraper les truites à la main, faire nos premiers foins. Mon père, il montait là à l’époque, c’était au début de la botteleuse. C’était magique, ça, à ce moment-là. Et nous, on arrive avec nos gâteaux et nos petits bouts de chocolat et tout. Et eux, ils arrivent avec du Roquefort. Du pain, mais des tartines qui n’en finissaient pas. Du pain grand comme ça, des tartines. Et de la confiture de fraises.
Et là, je me suis dit, mais quel merveilleux pays c’est là. Enfin, on a échangé. Du coup, ils ont mangé le nôtre. Et nous, on a mangé leur goûter. Et puis, il y a eu Noël. Alors à Noël, on est descendus. Noël, normalement, c’était la tradition. Et là, on s’est retrouvés dans cette maison où il n’y avait pas de chauffage.
L’eau, il fallait la chercher en dehors au cochon, on disait. Parce que le robinet, il était de l’autre côté et on était chargés avec une grande perche d’aller chercher l’eau dans des grosses bonbonnes. Qu’est-ce que c’était précieux cette eau ! D’ailleurs, on ne se lavait pas. C’était cool. Quand on a 6-7 ans, on est content de ne pas se laver. Et il faisait froid.
Alors on avait quand même l’électricité qui était revenue, mais on n’avait toujours pas d’eau. Et il y avait le Cantou. Et le Cantou, on y mettait des bouts de bois d’un mètre. Ça existe bien encore aujourd’hui. Mais c’était l’enfer ça, parce que ça fumait. Mais ça fumait tellement qu’on pleurait. On disait : Papa, ça pique les yeux. Il ouvrait la fenêtre. Papa, on a froid. Bon, ça c’était pas bien. Et alors mon père avait commandé un cochon qu’il avait engraissé, le fermier d’à côté. Et on a fait, nous on appelait ça la Saint-Cochon. Ici ils appellent la Mangoune. Et on a tout fait dans notre maison. Et ça a été un grand moment. Ça a été une des dernières fois où on avait fait les fritons dans le chaudron et tout.
Mais je vais finir mon histoire par mon sapin de Noël de 1969. Mon père s’était mis dans la tête d’aller nous cueillir, nous scier un genévrier. Je ne sais pas si vous voyez ce que c’est. Ça pique, c’est l’horreur. Et nous, on avait nos trois boules et nos deux guirlandes. Mais on a voulu y aller franchement avec ma sœur et mes cousins. On a voulu mettre ces guirlandes. Ça s’est fini au jeté. On n’a jamais eu un sapin aussi moche. On avait jeté vraiment les guirlandes et tout. Mais c’est un des plus beaux Noël de...
Sylvie maurs
le sapin de Noel
"On appelait ça le clan..."