Je vais vous raconter pourquoi je suis là, en fait. Pourquoi je suis venue dans ce territoire, je ne le sais même pas vraiment, puisque c’est plutôt quelque chose qui est du ressenti.
J’ai fait des études en Corrèze, dans un lycée agricole à Neuvic, un BTS protection de la nature. Moi je suis originaire d’un pays qui est plat, qui est plutôt calcaire, sur lequel j’ai pas de souvenirs en fait, pas vraiment. Je suis donc arrivée en Corrèze et puis dans cette formation on devait faire un stage. Et donc je suis partie, j’ai eu un stage dans une...
Je devais faire de l’animation nature dans un village vacances. Et ce village vacances était à Mauriac. Et ça m’a amené à aller sur les monts du Cantal. Et je ne sais pas pourquoi. Ces monts du Cantal, tout d’un coup, ils m’ont pris quelque chose. Enfin, je m’y suis sentie très bien.
Et puis, bon, voilà, j’ai fait deux, trois saisons dans les monts du Cantal, avec ce sentiment à chaque fois que j’y revenais, d’un bien-être. Et je me souviens d’avoir... à cette époque, je faisais du stop. Et je me souviens d’un endroit où j’ai fait du stop qui était sur la route de Ydes, les quatre routes de Saignes. Je me souviens comment j’étais habillée. C’est assez étonnant parce que j’avais 18 ans. Et je regardais ce rocher-là, le rocher de Chastel.
Je me disais, c’est là que j’habiterais. Bon, la vie a continué. Je suis partie faire des études. Je suis partie à Nancy. Toujours pas un paysage qui me retenait. Mais par contre, à Nancy, j’ai étudié les sols. Je me suis intéressée à des sols un peu particuliers qui s’appelaient les sols volcaniques. Ça me passionnait. Je n’ai pas fait mon mémoire sur ces sols-là. J’ai travaillé sur autre chose, sur les sols limonneux de la Brie. Là encore, des paysages désespérants. Mais bon, après je suis partie en Australie. J’ai découvert l’Australie pour mes études encore. Et puis à un moment donné, il a fallu se poser avec mon époux et on s’est dit : il faut trouver un endroit où on pourrait habiter, un endroit qui nous plaît, puis un endroit où les maisons ne sont pas trop chères. Parce qu’on n’avait pas beaucoup de revenus. On a commencé à s’installer à Clermont, à côté de Clermont. Et puis, mon mari, son objectif, c’était de trouver une maison sans voisins. Voilà, un kilomètre. Il ne fallait pas qu’il y ait de voisins à un kilomètre. Alors, il en a vu, mais peut-être une quarantaine. Moi, j’aurais pu prendre n’importe quoi. Mais lui, c’était : non, pas de voisin, pas de voisin. Et puis, de Clermont, on a été dans toutes les directions de cette Auvergne. On a fait les Combrailles, on a fait le Livradois-Forez. Et puis, on est venu petit à petit sur le Cantal. Ce Cantal que j’avais un peu, finalement, mis de côté, oublié. Et puis on est venu sur cette commune du Monteil, cette fameuse commune où il y a le rocher de Chastel, celui que je voyais. ... À côté de chez moi, il y a une des zones qu’il avait étudiées, une fosse qu’il avait étudiée. Et donc c’est assez marrant de se dire comment tourne le monde et comment tout d’un coup on est attiré par un endroit. Alors on est attiré par un endroit et puis à force d’y vivre, on s’y habitue.
Et puis, moi j’ai élevé mes enfants, le Cantal j’ai vécu, mais finalement... Ce petit sentiment qui me prenait, il avait disparu. A chaque fois que je revenais, il n’apparaissait plus. Et puis j’élève mes enfants, mes enfants partent, voyagent, moi je reste immobile. Et puis à un moment donné, je me dis non. Il va falloir arrêter de rester immobile. Tout le monde part autour de moi. Donc je décide, il y a quelques temps, de faire un voyage au Japon. Alors pourquoi le Japon ? Parce qu’au Japon, il y a ces terrains volcaniques qui ressemblent aux terrains volcaniques sur lesquels je suis, ces endosols.
Et donc je me dis, je vais aller voir. Ailleurs, si ce sentiment que je recherche, je vais le retrouver. Et donc je pars deux mois et demi au Japon, je rencontre des gens merveilleux, mais... On a beau être au Japon, on a beau être dans une zone volcanique, les endosols, ils me font rien en fait. Et puis au bout de deux mois et demi, je reviens en France et je prends le train. Paris, je trouve ça beau, alors que je trouvais ça très moche au départ. Tout d’un coup : ah, mais c’est magnifique. Je prends la plaine, cette fameuse plaine berrychonne qui est plate au possible, mais qui était d’un vert, un vert qui me manquait en fait, que je n’avais pas au Japon. Au Japon, j’y suis allée au mois de février, donc ce n’était pas non plus des climats où ce vert pouvait s’exprimer. J’ai vu les sakuras en fleurs, c’est magnifique. Ce sentiment-là, au creux, il n’y était pas. Et puis j’arrive dans le Cantal et là, tout d’un coup, je me dis, mais en fait, je suis de là. Je suis berrychonne, mais en fait, je viens de ce terroir volcanique.
Véronique Saignes
le rocher de Chastel
" Mais en fait, je suis de ce terroir volcanique..."